Sauf de rares exceptions, les premières
mentions de ce théâtre n'apparaissent dans la littérature
qu'au XIXe siècle.
Au début du siècle, une vague de Romantisme a bouleversé l'Europe entière. Les lettrés se retournent vers les civilisations anciennes. L'attrait des "antiquités celtiques" est à son apogée. Historiens et voyageurs se penchent sur la lointaine Bretagne et signalent l'existence d'un théâtre populaire breton.
![]() Emile Souvestre |
Chevalier
de Fréminville Adolphus Trollope |
![]() F.M. Luzel |
La Villemarqué | ![]() Anatole Le Braz |
Emile Souvestre est l'un des premiers à parler de ce théâtre, dans un article d'abord, puis dans son livre Les derniers Bretons paru en 1836.
Il y consacre près de 120 pages. Ce travail contribuera beaucoup à l'intérêt qui va se manifester pour le théâtre populaire breton.
Il y cite trois pièces qu'il considère comme les plus importantes : Saint Guillaume comte de Poitou, Les quatre fils Aymon, Sainte Triffine. Il cite en Français des passages de ces pièces écrites et jouées en Breton. Il procède à leur analyse et décrit les principes généraux de ces représentations.
Il relève les fantaisies qu'elles comportent, dans l'histoire, la géographie. On y trouve ni unité de lieu, ni de temps. Les évocations sont souvent outrancières, voire grottesques. Chaque acte commence par un prologue dans lequel un acteur vient raconter ce que va comporter l'acte qui suit. L'indulgence et la bienveillance du public y sont sollicitées.
Souvestre donne également la description d'une représentation jouée en 1825 à Lannion.
Le Chevalier de Fréminville est un navigateur aventurier. Il tombe amoureux d'une Bretonne, l'épouse et vient vivre peu de temps en Bretagne.
En 1837, il publie ses Antiquités de Bretagne dans lesquelles il décrit monuments et modes de vie des Bretons. Il y parle des tragédies bretonnes.
Je ne quitterai pas la ville et les environs de Paimpol, où je ne dois plus revenir, sans dire un mot des tragédies bretonnes que j'y ai vues représenter en plein champ par les habitants des campagnes. Ce sont de très anciens ouvrages, et l'usage de les jouer publiquement, jadis à ce qu'il paraît, général dans toute la Basse-Bretagne, ne s'y est plus conservé jusqu'à nos jours que dans l'ancien évêché de Tréguier et le comté de Goëllo surtout.
Ces représentations dramatiques, exécutées par des paysans bas-bretons, ont lieu comme je viens de le dire, au milieu d'un champ ou d'une lande. On y dresse un théâtre en planches, élevé de six à sept pieds, quelquefois même deux contigus l'un à l'autre et dont l'un plus petit et un peu plus bas, est destiné à jouer les intermèdes. Les costumes et les gestes des acteurs prêtent beaucoup au ridicule et réjouissent infiniment les spectateurs venus des villes voisines, mais sont admirés de l'auditoire campagnard.
Une chose remarquable est l'extrême longueur des pièces, un gros volume in-folio, d'une écriture fine et serrée, peut à peine contenir la copie de l'une d'elles. La représentation s'en prolonge quelques fois plusieurs jours de suite. Une des choses qui m'a le plus frappé en y assistant, est la prodigieuse mémoire de leurs rustiques acteurs pour retenir des rôles que leur longueur ferait rejeter par les meilleurs artistes du théâtre français, et pourtant en les débitant nos paysans bretons n'ont pas souvent recours au souffleur.
C'est toujours dans les longs jours de l'été qu'ont lieu ces représentations tragiques. Elles commencent sur les trois ou quatre heures de l'après midi, et se terminent, ou du moins s'interrompent, quand l'action dure plusieurs jours, de six à sept heures du soir. Les acteurs, qui tous sont ordinairement des habitants d'une même paroisse, se rendent au théâtre processionnellement, la bannière paroissiale en tête, et après avoir joué ils se retirent dans le même ordre.
En 1839, un britannique, Adolphus Trollope
sillonne toute la Bretagne.
Il raconte ce voyage dans son livre A
Summer in Britanny (un été en Bretagne).
Il assiste à l'une de ces représentations, à Lancerf
en Plourivo, près de Paimpol.
Des comédiens amateurs jouent la tragédie
de la Vie et la mort de sainte Hélène.
Il en donne dans son livre une description pittoresque qui mérite une lecture attentive.
En 1845, Francois-Marie Luzel va
être chargé d'une mission par le Ministère de l'Instruction
Publique : recueillir contes et chansons à travers toute la Bretagne.
Il parcourt la province et collecte au passage quelques manuscrits de pièces
de théâtre. En 1863, il publie la traduction en Français
d'une de ces pièces : Sainte Tryphine et
le roi Arthur.
En 1864 et 1865, il obtient de nouvelles missions qui ont pour thème le théâtre breton. Il fait alors la chasse aux manuscrits et aux quelques pièces qui ont été éditées. Au cours de son périple à travers le Trégor et le Vannetais, il rencontre d'anciens acteurs qui lui fournissent de précieux témoignages. Il recueille les précieux documents et les sauve de la ruine.
En 1867, il organise au Congrès Celtique de Saint-Brieuc, une représentation de Sainte Tryphine et le roi Arthur.
Au terme de sa mission, François-Marie Luzel a rassemblé une centaine de manuscrits. Il en a déposé la plupart à la Bibliothèque Nationale, où ils se trouvent encore; d'autres ont été remis à la Bibliothèque Municipale de Quimper, à la Bibliothèque Interuniversitaire de Rennes.
C'est grâce à ses recherches qui ont duré toute sa vie que ces documents sont aujourd'hui sauvegardés.
Françoise Morvan a rassemblé et publié aux éditions Terre de Brume les oeuvres de Luzel. Journal de route et lettres de mission propose les notes de François-Marie Luzel au cours de ses missions sur le théâtre Breton.
En 1865, Hersart de la Villemarqué publie Le grand mystère de Jésus. Il s'agit de la traduction d'une pièce imprimée remontant à 1530, décrivant la passion et la résurrection du Christ. Elle est suivie d'une longue étude sur Le théâtre chez les nations celtiques.
A l'époque La Villemarqué fait autorité sur tout ce qui a trait à la littérature bretonne. Il est écouté et respecté car il est l'auteur du Barzaz Breiz, déjà traduit dans plusieurs langues. La controverse dénigrant la légitimité des chants collectés par La Villemarqué n'allait s'instituer que plus tard, à la fin du siècle.
Anatole Le Braz publie en 1904 sa
thèse sous le titre Le
théâtre celtique. C'est sûrement le travail
sur ce sujet le plus célèbre aujourd'hui.
Ce travail apparait alors qu'une réaction à la celtomanie
a pris naissance. La thèse de Le Braz
consiste à montrer qu'il n'existe pas de théâtre celtique
et que celui-ci n'est qu'une copie du théâtre français.
Le Braz reprend les documents et notes amassés par François-Marie Luzel, que ce dernier lui avait laissés avant son décès. L'ouvrage de Le Braz est important et intéressant mais manque toutefois de rigueur.
Ensuite, le théâtre breton retombe dans l'oubli ....
Page réalisée par Claude DEVRIES et mise à jour le 28 mai 1998.