Traou-Nez est situé sur le
territoire de la commune de Plourivo,
dans les Côtes d'Armor, à proximité de Paimpol.
C'est un domaine d'environ 90 hectares, au sein d'un des plus grands massifs
forestiers du nord Bretagne : le massif de Penhoat-Lancerf.
Le manoir domine l'estuaire du Trieux,
rivière soumise à marée (aber) : la mer y pénètre
et s'y retire deux fois par jour.
L'accès à la propriété est difficile : il faut
emprunter un long chemin étroit, sinueux et escarpé. Le
manoir est isolé : par ce chemin, la maison la plus proche
est située à environ 5 kilomètres (Penhoat).
Le village de Lancerf (où Alain
Barbe Torte aurait vaincu les Normands) n'est qu'à un kilomètre,
par la mer ou par la voie ferrée qui passe dans la propriété
et longe le Trieux.
Au début de l'Affaire Seznec, Traou-Nez appartient à Pierre
Quemeneur. Guillaume Seznec s'est engagé à l'acheter : les
deux hommes ont signé une promesse de vente.
Aujourd'hui les rives du Trieux forment un site protégé.
Le massif forestier et la propriété appartiennent au Conservatoire
National du Littoral.
La Marie-Ernestine est une gabare
de Pontrieux. Fin mai 1923, elle drague du sable dans le Trieux. Elle attend
la marée à la hauteur de Traou-Nez. La propriété
est éclairée. L'équipage est surpris d'y voir du monde
: Pierre Quemeneur n'y vient que peu souvent. Y fête-t-on les noces
de la fille du gardien de la propriété ?
Vers une heure du matin, les hommes d'équipage entendent des coups
de feu à plusieurs reprises. Du manoir, ils sont interpellés
par une femme accompagnée d'hommes. Mais ils ne répondent
pas : mieux vaut ne pas se mêler des affaires des autres. Ils n'en
parlent pas non plus jusqu'à ce que le procès s'ouvre.
Au café, à Pontrieux, les langues se délient. On les
incite à aller voir la justice.
Ils font leur déclaration au juge Hervé,
juge de Paix à Pontrieux. Il mène l'enquête, se rend
sur les lieux et transmet son rapport à son supérieur hiérarchique.
Le Conseiller Pierre Quemeneur a-t-il été
tué à Traou-Nez ? Cette piste, tardive et peut-être
gênante, n'est pas suivie par les juges chargés de l'Affaire
Seznec. Il n'y est pas fait allusion durant le
procès.
Le juge Hervé quitte la magistrature
en 1930.
L'année suivante, il s'intéresse de nouveau au dossier. Il
fixe avec précision la date où les coups de feu ont été
entendus : dans la nuit du 27 au 28 mai 1923,
soit deux jours après la disparition de
Pierre Quemeneur, alors que Guillaume Seznec est sur la route
du retour. Ce ne peut donc être lui l'assassin
!
Le juge Hervé s'accroche à la piste de Plourivo,
entame un long combat. On découvre par la suite :
En 1996, le fils de l'adjudant de gendarmerie qui a dirigé en 1953
des fouilles à Traou-Nez, retrouve des photographies
d'un crâne. Où est passé le procès-verbal
674 qui relate ces investigations ?
Bien sûr, aucun de ces témoignages n'est retenu par les enquêteurs,
et ces informations sont tenues secrètes de l'inculpé et
de ses défenseurs.
Page réalisée par Claude DEVRIES et mise à jour le
12 mars 1998