QUIMPER - ROSPORDEN
(KEMPER - ROSPORDEN)



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Présentation

Les gras de Douarnenez Autrefois, l'année était rythmée par les fêtes religieuses.
Avant Pâques et le Carême qui le précède, synonyme d'une longue période de jeûne, avaient lieu les fêtes du Carnaval. Après l'hiver, les Jours Gras symbolisaient la vie qui va renaître avec le printemps et l'année nouvelle.

C'était là l'occasion de nombreuses fêtes dont certaines subsistent encore à travers le monde. De nos jours, les plus célèbres carnavals sont ceux de Rio ou de Nice. Mais il en existe encore dans le Nord de la France, en Belgique et même en Bretagne : les Gras ont ainsi conservé à Douarnenez une vitalité et une exubérance inégalée en Bretagne.

Mais les débordements dont cette période de l'année fait l'objet ne pouvaient être du goût des autorités civiles, religieuses ou militaires qui s'y voyaient de plus tournées en dérision.
Aussi très tôt, aux premières heures de la chrétienté, les fêtes du Carnaval furent prohibées.
Les prêtres, pour dissuader leurs paroissiens de pratiquer Carnaval, citaient mille faits plus épouvantables les uns que les autres.

La chanson qui évoque cette période de l'année est extraite du Barzaz Breiz de La Villemarqué. Elle nous conduit à Rosporden, petite ville située à l'est de Quimper.
Voici ce qui se dit à son sujet :

"Elle fut chantée la première fois par un moine qui arrivait de cette ville et qui prêchait un soir dans la cathédrale de Quimper. Il venait de tonner avec une telle véhémence, et s'était exalté à un tel point qu'il était retombé dans son fauteuil, la tête dans les deux mains, épuisé. Tout à coup, il se dresse de toute sa hauteur; les lumières s'éteignent comme d'elles-mêmes; la petite lampe du sanctuaire reste seule allumée. La foule, un moment immobile, lève les yeux vers lui, et, au milieu des ténèbres et du silence général, il se met à chanter."


La chanson

Le Carnaval de Rosporden

Le vingt-septième jour du mois de février de l'année mil quatre cent quatre-vingt-six, pendant les jours gras, est arrivé un grand malheur dans la ville de Rosporden. - Ecoutez, chrétiens !

Trois jeunes débauchés étaient dans une hôtellerie, où le vin qu'ils buvaient à plein pot faisait bouillir leur sang. Quand ils eurent assez bu et assez mangé : - Habillons-nous de peaux de bêtes, et allons courir ! -

L'un de ces garçons, le plus chétif des trois, voyant ses camarades s'éloigner, s'en alla droit au cimetière, et plaça sur sa tête, sur sa tête le crâne d'un mort ! C'était horrible à voir !

Et dans les trous des deux yeux, il mit deux lumières, et s'élança comme un démon, à travers les rues. Les enfants tout effrayés fuyaient devant lui, et les hommes raisonnables eux-mêmes s'éloignaient à son approche.

Ils avaient fait leur tour sans se rencontrer, quand ils arrivèrent tous trois ensemble, dans un coin de cette ville. Et eux, alors, de hurler, et de bondir, et de railler tous trois. - Seigneur Dieu, où es-tu ? Viens t'ébattre avec nous ! -

Dieu, fatigué de les voir, frappa un si grand coup, qu'il fit trembler toutes les maisons de la ville; tous les habitants se recueillirent dans leur coeur, croyant que la fin du monde était venue.

Le plus jeune, avant de s'aller coucher, revint porter la tête de mort au cimetière, et il lui dit, en tournant le dos : - Viens donc chez moi, tête de mort; viens-t'en demain souper. -

Alors il prit le chemin de sa maison pour se reposer; il se mit au lit et dormit toute la nuit; le lendemain matin, en se levant, il s'en alla travailler, sans plus songer ni à la veille ni à la fête.

Il saisit sa fourche, et s'en alla travailler, en chantant à tue-tête, en chantant sans souci. Or, comme tout le monde soupait, vers l'heure où la nuit s'ouvre, on entendit quelqu'un qui frappait à la porte.

Le valet se leva aussitôt pour ouvrir; il fut si épouvanté, qu'il tomba à la renverse. Deux autres personnes s'élancèrent à l'instant pour le relever; elles furent si troublées, qu'elles moururent subitement.

Le mort s'avançait lentement jusqu'au milieu de la maison : - Me voici venu souper, souper avec toi. Allons donc, cher ami, ce n'est pas loin d'ici; allons nous asseoir ensemble à ma table, elle est dressée dans ma tombe. -

Hélas ! il n'avait pas fini de parler, que le jeune homme éperdu jetait un cri épouvantable; il n'avait pas achevé, que la tête du malheureux frappait violemment la terre et s'y brisait.



Discographie


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Page réalisée par Claude DEVRIES et mise à jour le 28 avril 1998.