Le texte de la chanson |
Le Barzaz-Breiz |
Bibliographie | Sommaire
Noménoë fut sans
conteste le plus grand roi que la Bretagne ait jamais eu.
Alliant ruse et force, il réussit l'unification
du pays face aux successeurs de Charlemagne, les empereurs Louis le Débonnaire
et Charles le Chauve.
Soutenu par Conwoion, abbé de Redon, il fortifia les frontières,
libéra la Bretagne et fut sacré Roi dans la cathédrale
de Dol.
L'oeuvre de Nominoë est immense. Il demeure le Héros
national et le Père de la Patrie. Son image rayonne dans l'histoire
comme celle d'Arthur dans la légende.
La pièce de poésie qui suit est extraite du Barzaz-Breiz.
Elle raconte comment Noménoë délivra en 841 la Bretagne
du tribut qu'elle devait payer aux Franks.
Argad !
| Drouk-Kinnig Neumenoiou |
Le Tribut de Noménoë |
I
| Ann aour icoten a so falc'het; Brumenni raktal en deuz gret. - Argad ! - - Brumeni ra, a lavare Ann ozac'h-meur, euz lein Are; - Argad ! - Brumenni, teir zun zo, tenval Ken tenval, war zuiou bro-C'hall, Ken n'hallann gwelet e nep kiz Ma mah o tonet war he giz. Marc'hadour mad, o vale bro, Klevaz-te roud ma mab Karo ? - Boud awalc'h, tad koz ann Are, Daoust penoz eo, ha pe zoare ? - Den a skiant, den a galon; Eet gand ar c'hirri da Roazon; Eet da Roazon gand ar c'hirri, Tennerien out-ho tri-ha-tri; Drouk-kinnig Breiz gant-ho, heb i: Hag hen rannet'tre peb hini, - Mar d-eo ho map ar c'hinniger, He c'hortoz a reot enn-aner; Pa eet da boeza ann arc'hant, Fallout a eure tri war gant; Ken a lavaraz ar merer; - Da benn, gwaz, a rai ann arfer. - Ha peg enn he glenv en deuz gret, Ha penn ho nfap en deuz troc'het. Hag enn he vleo en deuz kroget, Hag er skudel neuz hen tolet. - Ann ozac'h koz dal' m'he glevaz, Tost a oa d'ean ken na zemplaz; War ar garreg a gouezaz krenn, Kuzet he zremm gand he vleo gwenn; He benn enn dorn, o lenva maour : - Karo, va mab, va mabik paour ! - |
L'herbe est fauchée; il a bruiné tout à coup. - Bataille ! - Il bruine, disait le grand chef de famille du sommet des montagnes d'Arez; - Bataille ! Il bruine depuis trois semaines, de plus en plus, de plus en plus, du côté du pays des Franks, Si bien que je ne puis en aucune façon voir mon fils revenir vers moi. Bon marchand, qui cours le pays, sais-tu des nouvelles de mon fils Karo ? - Peut-être, vieux père d'Arez; mais comment est-il, et que fait-il ? - C'est un homme de sens et de coeur; c'est lui qui est allé conduire les chariots à Rennes, Conduire à Rennes les chariots traînés par des chevaux attelés trois par trois, Lesquels portent sans fraude le tribut de la Bretagne, divisé entre eux. - Si votre fils est le porteur du tribut, c'est en vain que vous l'attendrez. Quand on est allé peser l'argent, il manquait trois livres sur cent; Et l'intendant a dit : - Ta tête, vassal, fera le poids. - Et, tirant son épée, il a coupé la tête de votre fils. Puis il l'a prise par les cheveux, et il l'a jetée dans la balance. - Le vieux chef de famille, à ces mots, pensa s'évanouir; Sur le rocher il tomba rudement, en cachant son visage avec ses cheveux blancs; Et, la tête dans la main, il s'écria en gémissant : - Karo, mon fils, mon pauvre cher fils ! - |
II
| Ann ozac'h-meur o vont enn hent, Gant han war he lerc'h he gerent; Ann ozac'h-meur o vont e-biou E-blou ker-veur Neumenoiou. - Leveret-hu d'in penn-treizer Hag hen ma ann otrou er ger. - Pe ma hen, pe hen ne ma ket, Doue r'hen dalc'ho e iec'hed ! - Oa ket peulavaret he c'her P'oa digouet ann otrou er ger; Digouet er ger euz a hersal, He chas braz a-rog o fragal; Enn he zorn he warek gant-ha, Hag eur penn-moc'h gwez war he skoa, Ha fresk-beo ar goad o redek War he zorn gwenn, demeuz he vek. - Mad-d'hoch ! mad-d'hoch ! meneziz da; Ha d'hoc'h, ozac'h-meur, da genta. Petra zo c'hoarvet a neve ? Petra gen-hoc'h digan-e-me ? - Deut omp da c'hout hag hen'z euz reiz; Doue enn nenv ha tiern e Breiz. - Doue'z enz ena nenv, a gredann, Ha tiern e Breiz, ma her gelann. - Ann neb a venn, hennez a c'hall; Ann neb a c'hall a gas ar Gall, A gas ar Gall, a harp he vro, Hag evit hi ter ha tero ! Kerkouls evit beo ha maro, Evid on ha va mab Karo, Va mabik Karo dibennet Gand ar Gall esgumun get; Dibennet, flour, penn-melen-mell, Da beurgompeza ar skudel ! - Hag hen da oela, ken a ieaz He zaerou beteg he varv glaz, Ken a lugerne evel gliz War vleun lili, pa strink ann deiz. Ann otrou, pa'n deuz her gwelet, Toui ru spontuz en deuz gret. - Me hen tone penn ar gwez-man, Hag ar zaez a flemmaz anean; Kent ma gwalc'hinn goad va dorn deo, Am bo gwalc'het gouli ar vro ! - |
Le grand chef de famille chemine, suivi de sa parenté; Le grand chef de famille approche, il approche de la maison forte de Noménoë. - Dites-moi, chef des portiers, le maître est-il à la maison ? - Qu'il y soit ou qu'il n'y soit pas, que Dieu le garde en bonne santé ! - Comme il disait ces mots, le seigneur rentra au logis; Revenant de la chasse, précédé par ses grands chiens folâtres; Il tenait son arc à la main, et portait un sanglier sur l'épaule, Et le sang frais, tout vivant, coulait sur sa main blanche, de la gueule de l'animal. - Bonjour ! bonjour à vous, honnêtes montagnards; à vous d'abord, grand chef de famille; Qu'y a-t-il de nouveau ? que voulez-vous de moi ? - Nous venons savoir de vous s'il est une justice; s'il est un Dieu au ciel, et un chef en Bretagne. - Il est un Dieu au ciel, je le crois, et un chef en Bretagne, si je puis. - Celui qui veut, celui-là peut; celui qui peut, chasse le Frank, Chasse le Frank, défend son pays, et le venge et le vengera ! Il vengera vivants et morts, et moi, et Karo mon enfant, Mon pauvre fils Karo décapité par le Frank excommunié; Décapité dans sa fleur, et dont la tête, blonde comme du mil, a été jetée dans la balance pour faire le poids ! - Et le vieillard de pleurer, et ses larmes coulèrent le long de sa barbe grise, Et elles brillaient comme la rosée sur un lis, au lever du soleil. Quand le seigneur vit cela, il fit un serment terrible et sanglant : - Je le jure par la tête de ce sanglier, et par la flèche qui l'a percé; Avant que je lave le sang de ma main droite, j'aurai lavé la plaie du pays ! - |
III
| Ann Noumenoiou en deuz gret Pez na reaz bis tiern e-bed : Mont gand sier war ann ochou, Evit dastumi meinigou, Meinigou da gas da ginnik Da verer ar roue moalik. Ann Neumenoiou en deuz gret, Pez na reaz bis tiern e-bed : Houarna he varc'h gand arc'hant fin, Hogen he houarna gin-oc'h-gin. Ann Neumenoiou en deuz gret Pez na rai biken tiern e-bed : Monet da bea ar c'hinnig, Evit-han da voud pendevik. - Digoret frank persier Roazon, Ma 'z inn tre er ger war-con. Ann Neumenoiou zo aman, Kirri keunn a arc'hant gant-lian. - Diskennet, otrou, deut enn ti, Ha list ho kirri er c'hardi, Ha list ho marc'h gwenn gand ar flec'h, Ha deut hu da goania d'ann nec'h. Deut da goania, 'kent, da walc'hi; Korna 'reer ann dour; klevet-hui ? - Gwalc'hi rinn, otrou, bremaik, Pa vezo poezet ar c'hinnig. - Kenta sac'h a oe digaset, Hag hen er c'hiz mad liammet, Kenta sac'h a oe digaset, Ar poez enn hann a oe kavet. Eilved sac'h a oe digaset, Kompez ive a oe kavet, Tride sac'h oe poezet : - Hola ! Hola ! hola ! fallout a ra ! - Ar merer evel m'her gwelaz, He zorn war ar zac'h astennaz; El liammou a grogaz krenn, O klask ann tu d'ho dieren. - Gortoz, gortoz, otrou merer; Va c'hleze ho droc'ho e-berr ! - Oa ked he gomz peurlavaret, Pa oa he gleze diwennet, Ha gand penn ar Gall daoubleget Rez he ziou-skoa skoi en deuz gret, Ken' droc'haz kik hag elfeien Ha sug eur skudel c'hoaz oc'hpenn. Ha kouezet er skudel ar penn, Hag hi kompez mad evelhenn. Hogen sellet-hu trouz er ger : - Arz al lazer ! arz al lazer ! Ma kuit ! ma kuit ! koset goulou; Deomp timad da heul he roudou ! - Keset goulou; mad a refet; Du ann noz hag ann hent skornet, Nemet ma usfec'h ho poutou, 'M euz aon, o tont war va roudou, Ho poutou ler glaz alaouret; Ho skudili na uzot ket, Ho skudili aour gwech e-bet, O poeza mein ar Vretoned. - Argad ! - |
Noménoë a fait ce qu'aucun chef ne fit jamais : Il est allé au bord de la mer avec des sacs pour y ramasser des cailloux, Des cailloux à offrir en tribut à l'intendant du roi chauve. Noménoë a fait ce qu'aucun chef ne fit jamais : Il a ferré d'argent poli son cheval, et il l'a ferré à rebours. Noménoë a fait ce que ne fera jamais plus aucun chef : Il est allé payer le tribut, en personne, tout prince qu'il est. - Ouvrez à deux battants les portes de Rennes, que je fasse mon entrée dans la ville. C'est Noménoë qui est ici avec des chariots pleins d'argent. - Descendez, seigneur; entrez au château; et laissez vos chariots dans la remise; Laissez votre cheval blanc entre les mains des écuyers, et venez souper là-haut. Venez souper, et, tout d'abord, laver; voilà que l'on corne l'eau; entendez-vous ? - Je laverai dans un moment, seigneur, quand le tribut sera pesé. - Le premier sac que l'on porta et il était bien ficelé, Le premier sac qu'on apporta, on y trouva le poids. Le second sac qu'on apporta, on y trouva le poids de même. Le troisième sac que l'on pesa : - Ohé ! Ohé ! le poids n'y est pas ! - Lorsque l'intendant vit cela, il étendit la main sur le sac; Il saisit vivement les liens, s'efforçant de les dénouer. - Attends, attends, seigneur intendant, je vais les couper avec mon épée. - A peine il achevait ces mots, que son épée sortait du fourreau, Qu'elle frappait au ras des épaules la tête du Frank courbé en deux, Et elle coupait chair et nerfs et une des chaînes de la balance de plus. La tête tomba dans le bassin, et le poids y fut bien ainsi. Mais voilà la ville en rumeur : - Arrête, arrête l'assassin ! Il fuit ! il fuit ! portez des torches; courons vite après lui ! - Portez des torches, vous ferez bien; la nuit est noire et le chemin glacé; Mais je crains fort que vous n'usiez vos chaussures à me poursuivre, Vos chaussures de cuir bleu doré; quant à vos balances, vous ne les userez plus; Vous n'userez plus vos balances d'or en pesant les pierres des Bretons. - Bataille ! |
Le texte de la chanson
| Le Barzaz-Breiz
| Bibliographie | Sommaire
Page réalisée par Claude DEVRIES et mise à jour le
12 mars 1998