" (...) En dernier lieu, les Scots venant d'Espagne arrivèrent en Irlande. Le premier fut Partholon, qui menait avec lui 1000 compagnons, tant hommes que femmes. Leur nombre, s'accroissant, atteignit 4000. Mais une épidémie s'abattit soudainement sur eux et ils moururent en une semaine, de sorte qu'il n'en resta pas un.
Le second qui vint en Irlande fut Nimech, fils d'un certain Agnomen. Il navigua sur la mer, dit-on, pendant un an et demi. Ayant fait naufrage, il débarqua en un port d'Irlande. Il y demeura de nombreuses années puis retourna en Espagne avec les siens.
Vinrent ensuite les trois fils d'un soldat espagnol avec 30 vaisseaux emportant chacun 30 hommes et autant de femmes. Ils restèrent en Irlande un an. Ils aperçurent alors sur la mer une tour de verre. Ils voyaient sur la tour quelque chose qui ressemblait à des hommes. Ils adressaient la parole à ces gens sans jamais obtenir de réponse. Après s'être préparé pendant un an à l'attaque de la tour, ils partirent avec tous leurs navires et toutes leurs femmes. Il ne resta qu'un seul navire qui était naufragé avec son équipage. Quand l'expédition débarqua sur le rivage entourant la tour, la mer s'éleva au-dessus d'eux, et ils périrent tous engloutis par les flots. Des 30 hommes et 30 femmes dont le navire avait fait naufrage descend la population qui habite aujourd'hui l'Irlande... "
D'après Nennius :Historia Britonum. Laborieusement traduit par l'auteur suivant l'édition J.A. Giles (London 1848).
Cet extrait de Nennius (chroniqueur Gallois du VIII éme siècle) reprend des traditions Irlandaises.
L'expression la plus accomplie de ces traditions qui soit parvenue jusqu'à nous est contenu dans le " Livre de la Conquête " (Lebor Gabála).
Ce long poème épique raconte l'invasion de l'Irlande par des générations successives de dieux et d'hommes.
Selon le Lebor Gabála, la race de Partholon est la première à débarquer en Irlande après le Déluge. Ce sont des agriculteurs et des bâtisseurs. Les Irlandais leur doivent l'invention de bien des techniques (commerce, brassage de la bière, chaudronnerie ...) et bien des lois. Mais la race de Partholon eut à combattre les Fomóire, un peuple de géants monstrueux vivant dans les îles de la mer glaciale et cherchant périodiquement à envahir l'Irlande.
Comme chez Nennius, une épidémie les fait disparaître un jour de Beltene (fête du premier mai). Il n'en échappe que Tuan Mac Cairill dont le récit, dans une légende distincte, retrace à son tour l'histoire de l'Irlande mythique.
Tuan Mac Cairill est le témoin magique par excellence, il traverse les siècles grâce à une succession de métamorphoses (comme Ceridwen dans la légende Galloise).
" ...Tuan Mac Cairill vécut trois cents ans sous la forme d'un bœuf sauvage, deux cents ans sous celle d'un bouc, trois cents ans sous celle d'un oiseau et cent ans sous celle d'un saumon, avant d'être mangé par la femme du roi Muiredach Muinderg et de renaître d'elle sous forme humaine... "
Yann Brekilien : La mythologie Celtique