Le grand bal de Kermaria-an-Isquit

An heol a zo glaz


Sommaire

Présentation

Ce n'est pas à un fest-noz ou à un fest-deiz que nous convient les Tri Yann avec cette chanson, mais à un bal à vous donner des frissons dans le dos. Vos cavalières et partenaires ne seront pas de nobles dames et de gentils damoiseaux, mais l'Ankou, la mort.

Ce grand bal n'est autre que la danse macabre de la chapelle de Kermaria-an-Isquit.


La chapelle de Kermaria-an-Isquit

La chapelle de Kermaria-an-Isquit est située sur le territoire de Plouha, dans les Côtes-d'Armor, à mi chemin entre Saint-Brieuc et Paimpol.

Elle fut construite en plusieurs étapes, entre le début du XIIIe et le XVe siècle.

On la doit à plusieurs seigneurs de la région, dont le Comte de Goëlo, en reconnaissance à la Vierge de les avoir préservés lors d'une croisade en Terre Sainte avec le Duc de Bretagne et d'avoir permis leur retour chez eux.

Elle est dédiée au culte de Itron-Varia-an-Isquit (ou encore Iskuit, ou Nisquit), Madame Marie qui tire d'affaire, qui sauvegarde, qui rend la santé.

Elle fut l'objet d'importants pélerinages et foires au cours des siècles.

La chapelle de Kermaria-an-Isquit est remarquable par plusieurs points :



La danse macabre de Kermaria-an-Isquit

La danse macabre

Cette danse se déroule à 6 mètres du sol, sur les deux côtés de la nef. On y trouve une bonne vingtaine de vivants, choisis parmi les diverses conditions sociales de l'époque, qui dansent avec des cadavres décharnés, au rire sardonique, symbolisant la Mort.

La danse commence à droite près du coeur par un figurant disparu, appelé acteur, chargé de prononcer les sentences morales, inscrites initialement sous chaque personnage.
On trouve à la suite de l'acteur : le pape, l'empereur, le cardinal, le roi, le patriarche, le connétable, l'archevêque, le chevalier, l'évêque, l'écuyer, l'abbé, le bailli, l'astrologue, le bourgeois.

Du côté gauche de la nef, figurent : le charteux, le sergent.
Tous, tout comme sur l'autre côté, alternent avec des morts squelettiques.
Quatre sujets viennent ensuite, qui de sont pas séparés par la mort : le médecin, la femme, l'usurier, le pauvre.
La farandole avec l'Ankou reprend alors : l'amoureux, le ménétrier au biniou (nous sommes en Bretagne !), le laboureur, le cordelier et l'enfant.

Chaque personnage, peint en couleur claire, a environ 1,30 m de hauteur et s'inscrit dans une arcature au fond rouge foncé.

Cette décoration, qui remonte à la fin du XVe siècle, s'inspire de celle qui fut peinte à Paris vers 1425 dans le cloître des Innocents.

Elle fut longtemps ignorée, masquée par plusieurs couches d'un badigeon qui se voulait protecteur. Elle fut mise à nu en 1856.
Un texte, illisible désormais, était placé sous chaque personnage, tout comme au charnier parisien. C'est l'apostrophe du mort au vivant et la réplique de ce dernier à son funèbre partenaire.


Le Dit des trois morts et des trois vifs

Sur toute la hauteur d'un mur intérieur figurait jadis une autre fresque de 7m de long : la Légende des trois morts et des trois vifs, populaire au moyen-âge.

Trois morts, debout dans un cimetière, devisent sur l'instabilité des choses humaines.
Trois riches gentilshommes débouchent à cheval de la forêt. Terrifiés par ce spectacle, les trois vifs ne songent qu'à prendre la fuite; les trois morts les retiennent :


Nous avons bien esté en chance
Autrefoys, comme estes à présent;
Mais vous viendrez à nostre dance
Comme nous sommes maintenant.


Les trois vifs, avant de décamper, répondent en ces termes :


Nous sommes en gloire et honneur,
Remplis de tous biens et chevance;
Au monde mettons nostre cueur,
En y prenant nostre plaisance.



Liens vers d'autres sites

Illustration



Sommaire


Page réalisée par Claude DEVRIES et mise à jour le 12 mars 1998