Le Barzaz-Breiz


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La Villemarqué collecteur

Le 24 août 1839 paraît à Paris la première édition du Barzaz-Breiz.

Depuis longtemps déjà un mouvement d'intérêt vis-à-vis de la Bretagne animait les milieux lettrés. Une recherche des antiquités celtiques, monumentales, littéraires ou linguistiques, faisait converger les regards vers cette armorique lointaine et méconnue.

Les deux volumes de cet ouvrage présentent une collection de plus de 50 chants recueillis dans la tradition populaire orale de Basse Bretagne. L'essentiel représente des chants d'origine historique, mais des chants religieux et d'amour y trouvent également leur place. Chaque chant, en langue bretonne, est précédé d'une notice, pourvu d'une traduction et suivi de notes explicatives. Une préface de près de 80 pages analyse les caractères originaux de la poésie populaire des Bretons.

Son auteur est agé de 24 ans. Il se nomme Théodore Hersart de la Villemarqué, est ancien élève de l'Ecole des Chartes. Il est né à Quimperlé en 1815 et a partagé son enfance entre cette petite ville de la Cornouaille et la campagne avoisinante. Bien qu'élevé dans une famille dans laquelle on ne s'exprime qu'en français, il est immergé de manière permanente dans le breton local, seule langue utilisée dans les campagnes à cette époque. Il le parle donc assez couramment.

Entre 1833 et 1837, il sillonne les campagnes de Cornouaille où il note le répertoire des poésies et gwerz chantées par les paysans. En 1837, ses carnets de terrain comportent près de 300 pages manuscrites de transcriptions et de notes diverses. Il se lance alors dans un travail de sélection et de restauration des textes recueillis, qu'il traduit et commente.

L'ouvrage connait un succès immédiatement dès sa publication. Des commentaires élogieux paraissent dans la presse bretonne mais aussi dans la presse parisienne. Le succès dépasse même les frontières où son ouvrage est apprécié et même traduit. La Villemarqué poursuit alors ses travaux. Il publie une nouvelle édition enrichie en 1845, puis en 1867. En 1846, il se voit décerner la Légion d'honneur; il entre à l'Institut en 1858, alors qu'il n'a que 43 ans.

Vers 1867 les premiers doutes sur l'authenticité des chants du Barzaz-Breiz, jusqu'alors exprimés à mots couverts, sont étalés publiquement. Des controverses passionnées sont ouvertes. La Villemarqué est accusé d'avoir inventé de toute pièce les chants populaires ainsi que les mélodies qui les accompagnaient. On va même jusqu'à dire qu'il a écrit ses textes en français puis les a fait traduire en Breton, ne maîtrisant pas la langue.

La Villemarqué meurt le 8 décembre 1895 près de Quimperlé.

La polémique ne s'arrêta pas pour autant et dura encore longtemps.

En 1964, Donatien Laurent, chercheur au CNRS, découvre dans les archives familiales, au manoir même de La Villemarqué, de précieux carnets. La vérité devait être ainsi réétablie : il s'agissait bien de carnets d'enquête et de notes de terrain, et non de copies faites après coup !
Il fallut 10 années à Donatien Laurent pour décrypter le premier carnet, le traduire et en faire l'analyse. Aujourd'hui, Donatien Laurent est Directeur du Centre de Recherches Bretonnes et Celtiques de Brest.

Désormais, en Bretagne, rien ne sera comme avant : une langue de paysans et de gueux, si longtemps méprisée et dépréciée va ainsi conquérir honneurs et dignité...


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Page réalisée par Claude DEVRIES et mise à jour le 10 mars 2000