REPORTER BRETON
 
 
 
 

Bulletin de l'association des journalistes bretons et des pays celtiques 
Kannadig Kazetennerien Breizh hag ar Broioù Keltiek 

N°21 - Mai 1999


Edito



Une cible de choix : la presse



Shao Yunhuan, journaliste de l'agence Chine nouvelle ainsi que deux de ses collègues du journal Guangming (Clarté) sont morts dans le bombardement de l'ambassade de leur pays à Belgrade. En plus d'un mois de combats, la presse a subi de plein fouet les conséquences du conflit. On dirait que les protagonistes, OTAN comme Milosevic, à défaut de gagner la guerre psychologique l'un contre l'autre, s'entendent au moins sur un point : choisir comme cible les instruments de propagation de l'information.

Dès le déclenchement des frappes aériennes de l'OTAN contre la Yougoslavie, de nombreux médias électroniques ont été fermés en Serbie, à commencer par l'influente radio indépendante B92. Une censure a été imposée à la presse écrite amenée à diffuser essentiellement des informations officielles. Le 11 avril, s'est produit l'assassinat de notre confrère Slavko Curuvija par des tueurs cagoulés, directeur du quotidien indépendant Dnevni Telegraf. Il symbolisait évidemment la presse indépendante en Serbie, attirant les foudres du clan Milosevic. Comme si la presse n'était pas assez muselée comme cela en Serbie (contrôle militaire des journalistes étrangers), elle est aussi traquée en Monténégro (le journal Monitor menacé) ou en Macédoine (emprisonnement de notre confrère de TF 1), en Albanie (où s'exerce une autocensure encouragée par le nationalisme panalbanais)... Mais encore les dirigeants de l'OTAN ont dû juger utile d'inscrire aussi les media au nombre des cibles, d'où les bombardements contre les télévisions serbes, dénoncés par la Fédération internationale des journalistes et par Reporters sans frontières. On aimerait aussi être sûr que le bombardement contre le parti socialiste de Milosevic n'avait pas pour but de dissuader des journalistes étrangers de rester sur place, ceux qui logeaient dans leur hôtel Novi Beograd voisin. Les anecdotes de ce type abondent.

Voici tout juste dix ans, certains d'entre nous aidaient les étudiants et les démocrates chinois de la place Tiananmen. Parmi eux, des journalistes qui, le temps d'un printemps, avaient transformé le Quotidien du Peuple ou les dépêches de Chine nouvelle en forum pour les libertés avant d'être limogés et emprisonnés.... Nous savons donc que les média de pays autoritaires n'attendent que le moment favorable pour que les journalistes transforment leurs media. Par une sorte d'ironie de l'histoire, la mort de journalistes chinois à Belgrade a ainsi provoqué les plus grandes manifestations (certes encouragées par la Cité interdite) depuis Tiananmen. Quels que soient les jugements de chacun sur le conflit, je crois qu'il est bon de souligner les problèmes rencontrés par nos confrères et consœurs des Balkans, et d'identifier le type d'aide que nous pouvons leur apporter maintenant puis à l'heure de la reconstruction.



Roger Faligot





La guerre sur Internet



Signalons des sites de tous horizons pour ceux qui veulent compléter,

recouper leurs informations sur le conflit : un moine orthodoxe

recueille l'information auprès de sources locales et internationales, puis redistribue le tout sur la liste de diffusion http://www.eGroups.com/list/decani/ par courrier électronique. Deux adolescents, une jeune kosovare et un jeune californien,

entretiennent une correspondance soutenue : de larges extraits sont

diffusés sur le site Web de CNN http://www.cnn.com/SPECIALS/1998/10/kosovo/email/archive.html. Le centre de presse des forces armées de la RFY http://www.gov.yu/presscvj/ diffuse ses communiqués sur le Web ; qu'à cela ne tienne, l'Armée de libération du Kosovo http://www.french-market.com/

albania/kosovo.htm aussi.

La technologie de diffusion en défilement audio a permis à la radio

ndépendante belgradoise B92 http://www.b92.net/, jusqu'à tout récemment, de porter son message à un auditoire mondial.

Enfin http:www.//bok.net/balkans/ offre une sélection d'articles traduits en français de la presse indépendante des Balkans (Albanie, Macédoine, Kosovo, Serbie, Bosnie,

Bulgarie, Roumanie, Moldavie).



Voir en page 4 un résumé du dernier rapport de Reporters Sans Frontières.





Employeurs récalcitrants : comment se faire payer



Pour les pigistes, c’est parfois un véritable casse-tête de faire valoir ses droits auprès d’un employeur surtout lorsqu’il s’agit d’être payé. Un retard de paiement, Ca peut arriver, mais quand il dépasse plusieurs mois, on est en droit de se poser des questions... et d’agir.



Premier réflexe : le téléphone. La première fois on est diplomate, la deuxième plus ferme et la troisième désespéré de n’avoir aucune explication et aucun responsable.

Deuxième réflexe : le courrier. Il permet de confirmer noir sur blanc notre requête et nos inquiétudes. Mais quand, après plusieurs lettres et plusieurs mois d’attente, le silence devient pesant (contrairement à notre compte en banque !) il faut agir fermement. Il est nécessaire de prendre le risque de se voir ensuite congédier. De toute façon, qu’a t-on à perdre si l’employeur ne paye pas ?

Utilisés dans une lettre recommandée avec accusé de réception, quelques termes simples peuvent s’avérer très efficaces : « je vous mets en demeure de... » ; « si dans x jours ma demande n’a pas été honorée, j’en informerai l’Inspection du Travail » ; « si je n’obtiens aucune réponse positive de votre part, je me verrais obligé de contacter le Tribunal des Prud’hommes ».



Dans la majeure partie des cas, la recette est infaillible car les mots font réagir et tout rentre dans l’ordre. Il y a même de fortes chances pour que l’employeur fasse toujours appel à vos services car vous avez prouvé votre efficacité et votre ténacité !

Mais, si le règlement ne vient toujours pas, mieux vaut aller jusqu’au bout et mettre en application les « menaces», sinon nous resterons toujours à la merci des employeurs peu scrupuleux.



La carrière mouvementée d’un journaliste

de l’Agence France Presse



A 60 ans, Bertrand Lemonnier, chef du bureau détaché de l’AFP de Brest, vient de prendre sa retraite. Quand on connaît les épisodes mouvementés de sa carrière professionnelle, on pense qu’il a enfin mérité tranquillité et paix.



Bertrand débute en 1960, dans la presse écrite : « Le Courrier Français », hebdomadaire. En 1965, toujours à Bordeaux, il entre au bureau de l’AFP qui couvre dix départements de la région Sud Ouest. En 1970, il part pour la Mauritanie et passera deux années pleines à Nouakchott, avec compétence sur le Rio de Oro. Il écoute des émissions de Radio Guinée de Sekou Touré. Nouakchott est une jeune capitale, la Mauritanie un pays extraordinaire avec des gens très attachants. Bertrand fait aussi des séjours prolongés à Dakar, de un à six mois, soit pour remplacer des confrères, soit pour couvrir le problème de violentes luttes ethniques le long du fleuve Sénégal, entre les différentes communautés.



Explusé deux fois !



En 1972, toujours pour l’AFP, notre ami part pour le Burkina Faso (Haute Volta), sous le pouvoir du général Lamizana. Les rapports sont tendus avec les autorités. Celles-ci soupçonnent les journalistes d’être à la solde des puissances étrangères. En 1974, à la suite d’un nouveau coup d’état, le gouvernement soumet les informations à la censure militaire. Le climat est de plus en plus hostile à l’égard des Blancs. Sur un simple différend administratif, Bertrand est expulsé. Il part directement pour le Niger où il remplace un confrère. Mais, une semaine après son arrivée à Niamey, survient un coup d’état. C’est l’expulsion immédiate « manu militari », menée par le directeur de la Sûreté lui-même. Femme et enfants, venus le rejoindre n’ont qu’une chose à faire : partir par le premier vol !



De l’Afrique aux Régions



Bertrand passera quelques mois au « desk étranger », à Paris. Fin 1974, il est nommé à Clermond Ferrand. La région Auvergne, fief de M. Giscard D’Estaing, alors président de la République, est pourvoyeuse de nouvelles. Bertrand collabore également à FR3 Auvergne. Puis vient une nomination à Dijon. Bertrand présente une revue de presse sur Radio France. En 1980, nouvelle affectation à Paris, pour les élections présidentielles et législatives. Travail intense. Sa famille reste à Dijon.

En août 1981, le voilà en Bretagne, au Bureau Régional de Rennes où il restera jusqu’en 1987. Il sera président du Club de la Presse de Rennes et de Bretagne de 1983 à 1985. Il fait aussi des piges à la radio et au Figaro Magazine. Puis c’est Rouen (1987-1988), un retour à Dijon (1988-1991) et le rappel à Paris. Bertrand est à la Documentation générale et retrouve ses premières amours en étudiant les dossiers africains. Il est alors un « journaliste assis ». Cela doit lui peser, car il demande à partir. Sa famille étant restée à Dijon, il est également un « journaliste TGV ».

En juillet 1995, Bertrand est nommé directeur du bureau détaché de Brest.



« Je n’ai jamais été aussi libre d’écrire qu’à l’AFP, conclut-il. Il n’y a pas eu d’autre contrainte que celle de s’assurer de l’authenticité de ses sources d’information et d’avoir une grande rigueur dans la manière d’annoncer une nouvelle. Sur mes quatre enfants, deux de mes filles sont nées en Afrique, l’une à Nouakchott et l’autre au Burkina Faso. S’ils n’ont pas toujours apprécié les changements successifs d’établissements scolaires et de copains, mes enfants ont acquis l’ouverture d’esprit que donnent les voyages ».

Martine Célarié



L’Association souhaite à Bertrand de profiter pleinement de son temps devenu un peu plus libre, et compte assurément le voir aussi souvent que possible à ses manifestations. Bienvenue à Sandra Lacut qui lui succède.



Droit d’auteur et Internet : du nouveau... à craindre



Le chapitre que nous avons ouvert les mois précédents sur le droit d’auteur n’est pas clôt. Internet vient brouiller les cartes et nous rappeler que la réglementation et les usages ne sont jamais figés. Ainsi la SCAM, dans sa lettre aux adhérents n°7 (mars 99), nous informe qu’une importante modification du Code de la propriété intellectuelle est à l’étude. Voici ce qu’en dit la Société Civile des Auteurs Multimédia :

« Elle (la modification) vise à instaurer une présomption de cession automatique des droits de l’auteur salarié au profit de son employeur. Rappelons qu’aujourd’hui l’article premier du Code de la propriété intellectuelle reconnaît à l’auteur salarié la plénitude de ses droits moraux et patrimoniaux.

Ce projet de modification de la loi est dû notamment aux conflits qui ont opposé les journalistes et leurs employeurs de presse à propos de la diffusion des articles sur Internet (DNA et Le Figaro en particulier, NDLR). Les éditeurs de presse réclament ce changement de la législation qui leur permettrait de réutiliser librement les articles, les photos et les reportages des journalistes, sans autorisation et sans rémunération complémentaire des auteurs ».

On voit bien là le danger d’une telle évolution. Non pas tant sur le plan financier car les journalistes salariés, à notre connaissance, ne retirent pas de rémunérations conséquentes de la reprise sur Internet de leurs articles. Mais d’un point de vue moral, il est clair que ce glissement vers le système du copyright constituerait une entorse sérieuse au droit d’auteur tel qu’il protège actuellement le journaliste en France.



TV Breizh : réactions (suite)



Le projet de télévision bretonne pilotée par Patrick Le Lay continue de susciter des réactions au sein de la profession. Après celle, plutôt positive, de Gi Keltik (numéro 20 de Reporter Breton), voici celle de Renaud Marhic et Nicolas de La Casinière. Nos confrères se démarquent totalement du ton employé dans nos colonnes en décembre dernier. « Le traitement du dossier paru dans le numéro 17 a pu surprendre et susciter les réserves certaines de certains membres de l’association, nous écrivent-ils. Certes, on se voit mal reprocher aux confrères pigistes le recours à un nouveau média potentiellement générateur d’emplois. En revanche, la présentation sans recul du projet dans ces colonnes appelle quelques précisions. Car ladite télé bretonne n’est peut-être pas un média tout à fait comme les autres ». Selon eux, les liens supposés entre TV Breizh et l’Institut de Locarn, par le biais de son fondateur, doivent nous interroger sur les valeurs qui portent le projet. « Qu’un projet paraisse estampillé du label breton suffirait-il à le rendre forcément bon ? », demandent-ils en guise de conclusion.



LES GRANDES OREILLES...



Morlaix capitale du multimédia

Morlaix accueillera un festival de l'écriture multimédia les 25 et 26

septembre prochains. L'association "Nouveaux Gutenberg" souhaite familiariser les Bretons aux nouvelles technologies. L'idée de ce festival est de suivre l'évolution actuelle de l'écriture à travers Internet, le CD-Rom et les réseaux modernes, et de montrer que le multimédia n'est pas un outil réservé aux élites. Ce festival aurait vocation à se pérenniser et à prendre une dimension nationale. Notre ami Jean Guisnel et Michel Le Bris apportent leur caution au projet.



La Manu sur papier

Yves Pouchard travaille à l’écriture d’un livre sur la Manufacture de cigares de Morlaix. Au delà de l'histoire, une large place sera faite aux combats menés par les salariés pour sauver leur entreprise. L'intersyndicale de la Manu a décidé de s'y associer en révélant pour la première fois les petits et grands dessous de nombre de tractations. Parution à l'automne prochain chez Skol-Vreizh.



La mémoire régionale en réseau

L'Agence de coopération des bibliothèques de Bretagne a inauguré un site internet qui va référencer l'essentiel des fonds documentaires des bibliothèques bretonnes. Hermine.org (www.hermine.org), dont l'accès est gratuit, a déjà référencé 1 304 articles tirés de 80 périodiques. L'agence opère une sélection rigoureuse qui permet aux chercheurs, étudiants, documentalistes, et à tout un chacun, de savoir dans quels centres se trouvent les articles concernant un thème donné.



Changement de vocabulaire

La BBC a envoyé à son antenne en Irlande du Nord, une directive suggérant aux reporters et présentateurs de changer le vocabulaire utilisé jusqu'ici dans leurs émissions. Ainsi on ne devrait plus dire "métropole" (mainland) en parlant de la Grande-Bretagne ; et ne plus parler de l'Ulster mais d'Irlande du Nord puisque, rappelle la directive "l'Ulster, ce sont neuf comtés historiques, dont trois se trouvent du fait du découpage, en Irlande du Sud". (Source: Irish News, Belfast).



Une coopération Viêtnam / France se met en place



Un atelier sur le "traitement de

l'information locale et de proximité" a été organisé du 19 au 24 avril au chef-lieu de Ha Dong, dans la province de Ha Tay, limitrophe de Hanoi.

Co-organisé par l'Association des journalistes du Vietnam (AJV),

l'ambassade de France et l'Ecole supérieure de journalisme de Lille (ESJ), le stage a regroupé quatorze journalistes de dix provinces du Nord.

Durant une semaine, avec Franck

Renaud (membre de notre association !), journaliste du quotidien Ouest-France et formateur de l'ESJ-Lille , les stagiaires ont pu découvrir la presse française et les spécificités de la presse locale. Ils ont noté des similitudes entre la presse viêtnamienne et française. Le stage a insisté sur le traitement par un journal local des informations pratiques. Le formateur français a expliqué les "lois de la proximité" et la nécessité pour un journal local d'être "proche" de ses lecteurs : diffuser des informations utiles à leur vie quotidienne, expliquer les décisions des autorités par des reportages, animer un courrier des lecteurs... Franck Renaud animera, au début du mois de mai à Hanoi, un autre stage d'une semaine destiné aux responsables de journaux, sur la gestion d'une rédaction en presse locale. Dans le cadre de la coopération entre l'AJV et l'ESJ, chaque année depuis 1994, une dizaine de cours et d'ateliers

professionnels sont organisés pour les journalistes viêtnamiens.

Reporter Breton



NOUVEAUX ADHERENTS



Bienvenue à André Gouillou qui

rejoint l’Association. André participa aux premières aventures de la FNAC. Ainsi qu’à Philippe Le Corre, correspondant du Point à Londres.



ADRESSE



Notre ami Frédéric Thual (JDD, La Croix, Le Marin, etc.) a changé d’adresse. On peut le joindre désormais au 02 40 93 14 30 ;

fax : 02 40 52 00 03 ;

E-mail : thual@worldnet.fr



INTERNET



Pour ceux que ça intéresse un site sur la situation en Irlande en italien :

www.irlandanews.org



Maouez ar Bloaz / Bretonne de l’Année :

Fransoaz Louarn !



A l’initiative de Keltik Associations, le prix de la

Bretonne de l’Année est attribué à Fransoaz Louarn.



A la FDSEA, Fransoaz a relevé le gant

pour une agriculture respectueuse de l’environnement.

Pour bien préparer le siècle prochain,

il faut raisonner « Farre » dès demain.

Afin d’intégrer ce label européen

« éco et enviro » pour notre plus grand bien...

Avant de présider aux destinées du « Farre »,

Fransoaz et son GPA, aux rivières et marres

d’Argol ont arrangé berges et nénuphars.

Outre l’éco et l’enviro en agriculture,

Fransoaz depuis longtemps a intégré la culture.

Dans la foulée de ses études très supérieures,

elle a fait avec ses enfants et sa belle-sœur

l’ouverture à Rennes de l’école Diwan.

De retour en Penn ar Bed, c’est comme militante

qu’elle a initié le premier stage pour bretonnants,

avec l’Institut Roudour pour les jeunes paysans.

Que ce soit sur le terrain de la culture

ou celui des pros de l’agriculture,

Fransoaz a su montrer des qualités

qui laissent à penser que ses responsabilités

économiques et citoyennes vont décupler...

Gi Keltik



Liberté de la presse : un rapport inquiétant



Reporters sans Frontières vient de publier son rapport 99. Il porte sur l’année dernière et ne tient pas compte des derniers événements survenus dans les Balkans. En 98, dix-neuf journalistes ont été tués dans l’exercice de leur fonction. « Ce chiffre relativement faible recouvre une réalité inquiétante, note RSF. Ces journalistes ne sont pas morts, comme c’était souvent le cas dans le passé, en couvrant des conflits armés. En 1998, presque tous ont été tués pour avoir révélé ou avoir enquêté sur des affaires de corruption ou sur les liens entre les autorités et des groupes mafieux ».

Quelques chiffres :

19 journalistes tués

100 journalistes emprisonnés, avec ou sans procès

25 pays emprisonnent des journalistes

75 pays maintiennent obstinément le monopole de l’Etat sur la télévision

45 pays tentent de contrôler l’accès de leurs citoyens à Internet

30 pays respectent vraiment la liberté de la presse



Sont montrés du doigt en premier lieu : la Turquie, la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie, le Turkménistan et bien sûr la Yougoslavie.

RSF adresse un satisfecit à des pays de l’ex-bloc soviétique : Slovénie, Hongrie, Pologne, République Tchèque, Slovaquie ainsi que les trois républiques baltes qui, comme par hasard, sont en passe de réussir leur transition démocratique.





MED-TV : La Guérilla des Ondes...



Le « Reporter Breton » du mois dernier nous parlait d’une manifestation kurde devant le siège de France 3 Ouest pour protester d’une décision de l’Independent Television Commission de Grande-Bretagne. En effet, celle-ci a décidé de révoquer l’autorisation d’émission de MED-TV, le principal média kurde. Pour la communauté kurde, cette décision est liée à l’actuel conflit au Kosovo, la Grande-Bretagne souhaitant ménager la Turquie, son allié au sein de l’OTAN. Déjà, par le passé, les autorités espagnoles, allemandes, portugaises et françaises avaient bloqué la diffusion via leurs réseaux nationaux de la télévision kurde. MED-TV, diffusée par satellite, a été créée en mars 1995 : basée à Londres, elle possède des centres de production en Angleterre, Suède, Belgique et Allemagne. La télévision émettait 6 heures par jour en turc, en arabe et dans les trois dialectes kurdes et pouvait être reçue par 35 millions de kurdes dans 34 pays en Europe, Russie, Afrique du Nord et Moyen-Orient. Se déclarant indépendante, MED-TV est pourtant liée au P.K.K., le Parti des Travailleurs du Kurdistan, diffusant notamment les communiqués (parfois très agressifs) de la guérilla d’Abdallah Ocalan (aujourd’hui en prison en Turquie) mais dénonçant également les méthodes des services de répression turcs et les violations des Droits de l’Homme. L’histoire de MED-TV est plutôt mouvementée : piratage satellite, interférences lors d’appels téléphoniques durant des émissions en direct, agression d’un responsable de la chaîne en Allemagne, pressions diplomatiques diverses,... Mais le coup le plus rude qu’a dû subir la télévision kurde est venu des services de police occidentaux. En février 1996, la police luxembourgeoise arrête un homme d’affaires canadien soupçonné d’avoir tenté de blanchir de l’argent sale, provenant du trafic d’héroïne. Cet homme avoue avoir agi pour le compte de MED-TV...Une série de perquisitions est menée dans les locaux de la chaîne (en Belgique, Angleterre, Luxembourg et Allemagne), qui permettra la découverte de 6 jeunes kurdes dont 4 étaient venus en Europe contre leur gré (sans doute pour subir un entraînement militaire dans un camp du PKK). L’enquête est toujours en cours, plusieurs dirigeants de MED-TV en Belgique ayant été inculpés pour diverses infractions financières. C’est peut être la crise yougoslave qui a réussi à faire taire la voix de la guérilla kurde...

Stéphane Quéré


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29470 Plougastel-Daoulas
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