REPORTER BRETON
 
 
 
 

Bulletin de l'association des journalistes bretons et des pays celtiques Kannadig Kazetennerien Breizh hag ar Broioù Keltiek 

N°10 - Décembre 1997 

Edito : 

Plus l’Algérie sombre dans la barbarie, plus le déficit d’informations pour décrypter les vrais enjeux de la situation fait est accablant. C’est à nous journalistes qu’incombe la plus grande responsabilité pour faire en sorte que l’opinion publique comprenne mieux ce qui se passe. 
En octobre, lors d’un colloque international, nous avons invité Salima Ghezali, la rédactrice-en-chef de La Nation à venir en Bretagne. Elle reçoit le 17 décembre le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit. Depuis, différentes initiatives ont lieu pour que Salima devienne citoyenne d’honneur de plusieurs communes bretonnes. Nous ne pouvons que nous réjouir de toutes ces initiatives auxquelles, j’en suis convaincu, les membres de notre association auront à cœur de s’associer, dans la mesure où Salima Ghezali symbolise les tendances les plus prometteuses du journalisme algérien pris sous les tirs croisés des extrémistes islamistes et des généraux éradicateurs. 
Pour témoigner de cette indépendance d’esprit, de ce courage de tous les instants, nous invitons les lecteurs de Reporter Breton à lire un article qu’elle a écrit pour nos amis de Reporters sans Frontières. 
On trouvera aussi dans ce numéro de nombreuses informations concernant notre profession, qui témoignent du nombre croissant de consoeurs et de confrères qui nous rejoignent avec des préoccupations très diverses et toujours enrichissantes. 

Roger Faligot
Silence, on a peur !
par Salima Ghezali

L’exercice le plus dangereux en Algérie est bien la défense des droits de la personne humaine. Pour un avocat, un journaliste ou un médecin, raconter ce qu’il a vu et entendu en termes de violations de l’intégrité physique d’un suspect ou d’un prévenu relève de la témérité. Tout le monde - les journalistes les premiers - a le droit et le devoir de s’émouvoir ou d’être scandalisé par les actes barbares commis par les groupes islamistes. Rares sont ceux qui, à côté de la dénonciation du terrorisme, se mobilisent contre les abus commis au nom de la défense de l’Etat. Pourtant, ces abus sont légion. Et n’eût été la conspiration du silence, de nombreuses vies auraient pu être sauvées, des ressorts au sein de la société auraient fonctionné pour contrer l’effroyable mécanique de la haine, des massacres en série et des représailles qui n’en finissent pas de se suivre et de se répandre. 
Les affaires ? Il y en a des centaines : disparitions, exécutions sommaires, sans parler des mauvais traitements qui sont devenus l’habitude quotidienne et « normalisée » de celui qui porte un uniforme face à celui qui n’en porte pas . La peur se chargera de faire taire les bavards, l’inertie bureaucratique et une justice  qu’on ne peut surtout pas qualifier d’indépendante se chargeront du reste. Depuis cinq ans, la terreur a réussi à s’imposer à tous. Et si chacun sait qu’il peut mourir à n’importe quel moment, nul ne sait à qui sera attribué la paternité de son assassinat. Les droits de l’Homme en Algérie ? Silence, on a peur. Silence, on tue. 
(article publié par Reporters sans Frontières) 

Salima Ghezali 
Née en 1958 à Bouira, Salima a enseigné le français et a fondé en 1989 l’Association pour l’émancipation de la femme et le magazine Nyssa (femmes). Rédactrice en chef de l’hebdomadaire La Nation, elle est devenue l’une des rares femmes à prendre la tête d’un journal dans le monde arabe. A ce titre, elle n’a cessé d’aborder les problèmes de la censure et des droits de l’homme. 
Des mesures d’interdiction administratives ont frappé son journal à plusieurs reprises à cause d’articles sur la nécessité d’un règlement démocratique pacifique de la crise algérienne. Ce journal n’a plus paru de puis la fin de 1996. Mme Ghezali a été arrêtée à plusieurs reprises et détenue pour ses activités de rédacteur. Divorcée, Salima est mère de deux filles. 

Ouest-France à l’heure de la messe

Ca y est ! Le premier numéro de la version dominicale de Ouest-France est paru le 7 décembre. « Dimanche Ouest-France » se décline en quatre cahiers « dimanche », « familles », « le guide » et « sports ». 16 pages chacun, dont 4 en quadri, il paraît en neuf éditions, une par département sauf pour la Mayenne et la Sarthe qui sont rassemblées en un seul journal. Il est vendu 5F et tire à 550 000 exemplaires. Le budget annuel annoncé est de 75 MF avec un point mort à 250 000 exemplaires. De source OF, la mise en place de l’édition du dimanche a engendré l’embauche de 5 journalistes à temps complet et de 42 autres à temps partiel (40%). Il s’agit de CDD de deux mois débouchant, en principe rapidement, à des CDI (une centaine d’emplois à temps partiel est également annoncée dans d’autres corps de métiers) Ces embauches entrent également dans le cadre d’une refonte du système des vacations institué par le quotidien pour remplacer les statutaires durant leurs congés. Ces CDD à répétition posent des problèmes juridiques à l’entreprise (voir le procès gagné par un collègue nantais), qui décide donc de changer de formule. On peut penser que désormais pour suppléer les vacanciers, Ouest-France augmentera le temps partiel de ses nouveaux CDI. 
Cette initiative de Ouest-France répond aux offensives du groupe Hersant (Presse-Océan, Le Courrier de l’Ouest et le Maine Libre sortent depuis peu le dimanche). Elle s’inscrit dans la logique d’augmenter les recettes tout en faisant des économies, et « cohabite » avec un plan social concernant 173 personnes de plus de 55 ans sur 1 670 salariés (source Le Monde). Dans le même esprit, le quotidien envisage une parution les jours fériés, avec peut-être un essai le lundi de Pâques 1998. Reste à voir la réplique du Télégramme de Brest. La mise en place de son édition dominicale a été retardée par la signature des accords avec les ouvriers du livre. Elle pourrait intervenir à la fin de l’année ou début janvier, mais pas d’embauche massive de journalistes à en attendre ! 
 

Ces embauches entrent également dans le cadre d’une refonte du système des vacations institué par le quotidien pour remplacer les statutaires durant leurs congés. Ces CDD à répétition posent des problèmes juridiques à l’entreprise (voir le procès gagné par un collègue nantais), qui décide donc de changer de formule. On peut penser que désormais pour suppléer les vacanciers, Ouest-France augmentera le temps partiel de ses nouveaux CDI. 
Cette initiative de Ouest-France répond aux offensives du groupe Hersant (Presse-Océan, Le Courrier de l’Ouest et le Maine Libre sortent depuis peu le dimanche). Elle s’inscrit dans la logique d’augmenter les recettes tout en faisant des économies, et « cohabite » avec un plan social concernant 173 personnes de plus de 55 ans sur 1 670 salariés (source Le Monde). Dans le même esprit, le quotidien envisage une parution les jours fériés, avec peut-être un essai le lundi de Pâques 1998. Reste à voir la réplique du Télégramme de Brest. La mise en place de son édition dominicale a été retardée par la signature des accords avec les ouvriers du livre. Elle pourrait intervenir à la fin de l’année ou début janvier, mais pas d’embauche massive de journalistes à en attendre ! 

Top secret...
La confidentialité version Ouest France a connu quelques ratés lors des préparatifs de son journal du dimanche. Ainsi, pour recruter les journalistes, le quotidien a fait paraître une annonce anonyme dans ses propres colonnes. Procédé puéril dans un milieu où la recherche d’informations constitue le pain quotidien de chacun. Mais le plus drôle, c’est que les malheureux candidats ont reçu en guise de réponse une lettre d’une agence : « l’entreprise qui recrute un journaliste a souhaité garder l’anonymat et nous a, par conséquent, chargés de vous répondre ». Un anonymat trahi par une belle enveloppe estampillée « Ouest-France ». Décidément, ça valait bien la peine de faire appel à une agence de recrutement ! 
France 3 : un conflit dur

Brest, Nantes : 100% de grévistes dans les rédactions (hors cadres et CDD), bonne mobilisation également au sein de la rédaction de Rennes et chez les techniciens : au septième jour de grève (mardi 9 décembre), la mobilisation ne faiblit pas à France 3 Ouest. Mobilisation d’autant plus forte que les négociations aboutissent petit à petit. Obtention d’un budget supplémentaire de 35 MF pour les programmes régionaux et une rallonge de 26 minutes d’émission pour chaque région. 
Les principales raisons de la grève, qui résidaient dans la stratégie globale de la chaîne des régions, et non seulement dans les salaires, trouvent à présent un début de réponse qu’il faudra affiner dans les prochains jours, car derrière ce mouvement se pose en fait le problème de l’évolution de la mission de service public de France 3 (chaîne à dominante régionale ? chaîne d’information régionale et non plus de programmes régionaux ?) et des métiers liés aux nouvelles technologies (journalisme homme-orchestre qui filme, commente, monte et enregistre son reportage). Les syndicats attendent aujourd’hui plus de réponses à toutes ces questions. 
Le conflit risque donc de durer, la semaine de quatre jours et les disparités salariales avec France 2 seront bientôt la cerise sur le gâteau des négociations 
 
 

Bienvenue ! 
Notre association se renforce par la venue de nouveaux adhérents : 
Lionel Buannic, rédacteur à France 3 Iroise 
Régis Fort, indépendant 
Francis Letellier, responsable du Magazine de France 3 Ouest 
Gurvan Musset, pigiste à R.B.O. Joël Legendre. 

B.Z.H. sur TF1 ! 
Le film de Marie Hélias et Olivier Bourbeillon «BZH, une Bretagne, des Bretons» a été diffusé sur TF1 le 29 décembre à une heure tout à fait raisonnable : 22H30. Il s’agit d’une version «courte» de 60 minutes rebaptisée «BZH-questions bretonnes». 
La version initiale de 90 minutes est passée, elle, le 28 décembre sur Odyssée, la chaîne documentaire du bouquet satellite TPS. Le film sera présent en 1998 au festival interceltique des télévisions. 

Bretagne-Asie 
Stéphane Corcuff, un spécialiste de Taïwan, originaire du Conquet (Finistère) publie le magazine Mutations asiatiques. 

Cadeaux ?!?

Voici des idées de bouquins à offrir ou vous faire offrir à l’occasion des fêtes de fin d’année : 

Le Quai de la Fosse 
Un livre sur l’histoire du mythique quai du port de Nantes, tant côté embauche (la manutention maritime, l’aménagement des quais...) que côté débauche (les maisons closes des ruelles montantes). 
Le Quai de la Fosse, par J. Breteau, J.-L. Bodinier et N. de la Casinière. 94 pages. Editions Apogée, Rennes. 

Radioscopie des protestants d’Ulster 
C’est la première fois qu’est publiée une histoire des protestants d’Irlande du Nord, de leur implantation sous Cromwell à nos jours. Depuis des dizaines d’années, son auteur, le spécialiste lyonnais Dominique Foulon, a accumulé des documents abondants et trace une radioscopie saisissante de leurs organisations politiques et para-militaires qui permet de comprendre ce que sera leur attitude au tournant du siècle, que les négociations de paix sur l'Irlande aient abouti, ou que, de toute façon, ces protestants loyaux à la Couronne soient devenus minoritaires dans les six comtés d’Ulster. 
Pour Dieu et l’Ulster, D. Foulon, 119F. Edition Terre de Brume,  Rennes. 
 

Naisho, enquête au coeur des services secrets japonais. Roger Faligot. 
Les Editions de la Découverte. 
On peut lire les premier et dernier chapitres de ce livre sur la toile : 

 
La valse des 30%
Les journalistes vont-ils perdre l’abattement fiscal ? Tantôt c’est oui, tantôt c’est presque non. Le dossier reste en suspens. Rappel des épisodes précédents : 
Acte 1 : sous le gouvernement Juppé, l’abattement est supprimé 
Acte 2 : le gouvernement Juppé est lui-même abattu (ou supprimé, au choix), et son successeur reporte le projet. 
Acte 3 : surprise, les députés se prononcent à l’unanimité pour la suppression (17 octobre) et retiennent la même disposition que six mois plus tôt, à savoir un fonds de 100 MF pour 98 afin compenser dans certains cas la hausse d’impôt subie. Ils ajoutent un cadeau à destination du « hors-média », en gros les journaux de petites annonces et de pub, c’est à dire une taxe de 1% sensée financer un plan de modernisation de la presse, la vraie ( !) 
Acte 4 : la profession se mobilise (27 octobre). 
Acte 5 : Lionel Jospin propose au parlement de ne pas supprimer l’abattement dès 1998, histoire d’étudier une solution sérieuse avec la profession. Il reconnaît là implicitement que le mécanisme de reversement des 100 MF aux plus lésés sera difficile à mettre en place. 
On en est là. La parole revient maintenant aux sénateurs qui prévoient un amendement pour contrer les députés. A suivre. 
 



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Ti Kêr- Mairie 
29470 Plougastel-Daoulas
Fax : 02 98 07 10 46
 

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