|
|
IRLANDE : LE DIFFICILE DESARMEMENT.
Par Roger Faligot
Le parti indépendantiste Sinn Féin, que préside Gerry
Adams, devrait obtenir deux portefeuilles dans le nouvel Exécutif qui
a vu le jour vendredi matin.
Pour autant, la question de la violence armée n'est pas résolue. Les
unités de l'Armée républicaine irlandaise, liée à Sinn Féin, continuent
de subir un entrainement intensif en Irlande du Sud et à "reconnaître"
des cibles en Angleterre en cas rupture des négociations. Il s'agit
pour l'IRA de maintenir la pression et de prévenir des défections dans
ses rangs en direction de groupes dissidents hostiles au processus.
Le week-end dernier, la Convention secrète de l'IRA, regroupant une
soixantaine de délégués, a rappellé à sa direction que sa Constitution
ne prévoit pas de désarmement total tant que l'Irlande n'a pas été réunifiée.
Brian Keenan, un vétéran de Belfast qui avait dirigé la campagne de
bombes sur le sol anglais dans les années soixante-dix, aurait été élu
commandant-en-chef avec un mandat clair : maintenir l'armée secrète
unie, en état de fonctionnement, tout en aidant l'action des "politiques"
autour d'Adams pour consolider le processus de paix.
Le seul groupe dissident encore officiellement sur le sentier de la
guerre, l'IRA de la Continuité (CIRA), a avoué cette semaine avoir préparé
un attentat à la bombe dans le Nord, décommandé au dernier moment, par
crainte de tuer des civils. La police nord-irlandaise a confirmé qu'elle
était au courant et redoute de voir des partisans d'une troisième mouvance
fusionner avec la CIRA. Il s'agit de l'IRA véritable (RIRA), officiellement
dissoute depuis le terrible attentat qu'elle avait perpétré à Omagh
l'été dernier.
Côté protestant, la situation n'est pas limpide. Un groupuscule ultra,
la Force volontaire loyaliste (LVF), a certes rendu quelques armes en
mettant l'IRA au défi de l'imiter. Mais les experts estiment que la
LVF utilise des pavillons de complaisance pour se livrer à des attentats
anti-catholiques, parfois en liaison avec des services secrets anglais.
Ainsi, cette semaine, des groupes loyalistes virtuels, les Volontaires
d'Orange (OV) et les Défenseurs de la Main rouge (RHD) ont revendiqué
une attaque à la grenade contre un pub du comté Antrim. Or, il s'agirait
de militants de la LVF sous camouflage.
© Roger Faligot
Publié dans Dimanche Ouest France, le 20 décembre 1998.
|