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LA PAIX DES BRAVES EN IRLANDE
Encore beaucoup de chemin à parcourir.
Par Roger Faligot

Les négociations marathon sur l'avenir de l'Irlande ont débouché  sur un accord cadre qui doit, à la fois garantir l'union entre la province nordiste et le Royaume-Uni, et un rapprochement structurel entre les deux parties de l'île. Voilà ce que les deux dirigeants charismatiques, David Trimble pour les protestants unionistes et Gerry Adams pour les catholiques nationalistes vont devoir faire accepter par leur communauté.

Front du refus

"L'union est plus forte qu'avant" disait déjà hier soir Trimble, qui doit faire face aux ultras unionistes dirigés par le révérend Ian Paisley. Ces derniers considèrent qu'on assiste à une trahison et que les six comtés d'Ulster sont vendus à la République. Dans le camp adverse, Gerry Adams devra justement prouver que tel est bien le cas, et qu'à terme la marche vers l'unité politique de l'Ile d'Emeraude est inéluctable. Car un « front du refus » a commencé  à se constituer tant à l'intérieur du mouvement républicain que sur ses marges. Ces nationalistes militants craignent  que trente ans de résistance  ne se dissolvent en vaines palabres dans la nouvelle Assemblée d'irlande du Nord qui verra le jour, si le "oui" l'emporte au cours du référendum prochain. Les architectes des négociations, le dirigeant social-démocrate catholique John Hume, les premiers ministres anglais et irlandais, Tony Blair et Bertie Ahern - et bien sûr l'administration Clinton - savent qu'ils ne peuvent pas aller au-delà de l'échafaudage constitutionnel paraphé ce week-end. C'est aux tribuns des mouvements populaires (naguère chefs d'organisations militaires) dans le Nord et des partis politiques  en Irlande et en Grande-Bretagne, de convaincre du bien-fondé de ces solutions. Démontrer que l'assemblée sera viable grâce aux  organismes de concertation selon des axes Nord-Sud et Irlande-Angleterre. Les changements constitutionnels seront décisifs : Londres accepte un système d'autonomie calqué sur celui de l'Ecosse, tandis que Dublin va modifier les articles 2 et 3 de la Constitution qui faisait des six comtés du Nord une région appartenant de droit à la République. Trois autres décisions sont cruciales. Il s'agit de  libération des 450 prisonniers politiques (républicains comme loyalistes) par un mécanisme accéléré de remises de peine, uniquement pour les organisations qui ont maintenu les cessez-le-feu ;  d'un programme de désarmement des armées secrètes sur deux ans et enfin d'une réforme de la police avec l'aide d'un système d'aide policière internationale comme en Bosnie ou au Cambodge.

Du grain à moudre

Ces trois chapitres vont donner du grain à moudre aux organisations dissidentes hostiles aux négociations. D'abord au nouveau groupe loyaliste LVF (Loyalist Volunteer Force) dont on a noté le rapprochement avec le clan Paisley. On n'exclut pas une campagne armée de cette dernière à Dublin. Côté républicain, le Congrès de Sinn Féin à la fin du mois va faire transparaître une importante dissidente notamment sur les frontières et dans les régions de Cork et Limerick. Mené par la soeur du gréviste de la faim Bobby Sands, un nouveau parti dissident, le Comité pour la souverainté des 32 comtés, beneficie de l'apport des dissidents de l'IRA qui ont accès à de nombreuses caches d'armes. Ils pourraient s'allier à l'autre formation dissidente lié au Republican Sinn Féin, l'IRA de la Continuité (CIRA) qui, depuis l'été dernier, a lancé une campagne armée de faible intensité. L'IRA principale, qui approuve la démarche de Gerry Adams va donc devoir "policer" les ghettos nationalistes pour réduire l'importance de ces dissidents. Mais ceci se fera difficilement sans violence.

Publié dans Le Télégramme de Brest, le 11 avril 1998
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