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Secrètement, mais sans rémission,
LA DGSE VIENT D'ETRE MISE À LA PORTE DU TCHAD
par Jean GUISNEL, Le Point, 10 août 1998.

Secrètement mais sans rémission, la DGSE vient d'être mise à la porte du Tchad. Installé au pouvoir par les services secrets français, qui avaient favorisé le renversement d' Hissène Habré, en décembre 1990, le président tchadien Idriss Déby disposait depuis cette époque d'une garde présidentielle française d'une trentaine d' hommes du service Action de la DGSE, commandés par un colonel des services secrets français. Dans les derniers jours de juin, cet officier a été convoqué à la présidence, en soirée, et averti que lui-même et ses hommes quitteraient leurs fonctions le lendemain matin. Les Français ont rendu compte à Paris, puis obtempéré. Ce congédiement brutal n' a pas été effectué dans des conditions trop humiliantes, a-t-on estimé à la DGSE, dès lors que les cadres de la Garde ont reçu des décorations tchadiennes. Il n' empêche que cette mesure dénote une détérioration certaine des relations militaires entre la France et le Tchad, sur fond de rapprochement tchado-libyen, et de désir des autorités de Djaména de faire monter les enchères de la présence française. Depuis la fin de la présence française en république centrafricaine, effective en avril dernier, la présence de la force Epervier au Tchad revêt pour la France une importance géostratégique cruciale. Et d' autant plus que la présence de sa garnison à Djibouti n'est pas, non plus, à l' abri d' un clash majeur avec les autorités locales. Avec deux grosses positions politiquement fragiles dans cette partie de l'Afrique, les armées françaises ne peuvent se permettre d' être fragilisées. Or, depuis le printemps, au Tchad, une série de vexations et de tracasseries diverses a vivement inquiété les autorités françaises. N' Djaména a d' abord voulu frapper de droits de douane prohibitifs tous les équipements amenés par les militaires français dans le pays. Y compris les "consommables", comme les médicaments offerts gracieusement aux hôpitaux du pays, ou le pétrole des véhicules terrestres et aériens de l'opération Epervier. En mai, la visite du président libyen Khadafi n' a pas arrangé les choses. Dans un contexte politique troublé, notamment au sud du pays où l' exploitation de ressources pétrolières s' annonce, le président Deby paraît prêt à soupçonner les Français de déloyauté à son égard. Deux petites garnisons françaises - l'une à Barda, au nord du pays, l'autre à La Loumia, au sud - viennent d' être fermées sans préavis sur décision des autorités tchadiennes. Plus inquiétant: les Français craignent d' tre priés de quitter la grande palmeraie de Faya-Lageau, où ils entretiennent à grands frais une piste aérienne ultra-moderne qui verrouille les voies de communication menant vers la Libye. C'est bien ce qui tracasse Paris : le renvoi de la DGSE n'est pas un incident isolé. Quelle sera la prochaine étape ?

copyright Jean Guisnel

 

 
 
 
 
 
 
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