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L'AFFAIRE DELON ET LA LIBERTE D'INFORMER
Par Roger Faligot Dimanche Ouest-France, 23 août 1998
Le feuilleton Alain Delon, a rebondi cette semaine par
la tentative de faire saisir l'hedomadaire Marianne. Au delà de la personnalité
controversée du « Samouraï », c'est le problème du journalisme d'enquête
et des biographies non autorisées qui est posé. Au début de la décennie,
les journaux ont réduit la part de l'investigation jugée coûteuse. Résultat
: l'Edition a accueilli ces enquêteurs qui dévoilent les coulisses de
l'histoire. Que saurait-on du passé de François Mitterrand sans les
ouvrages de Pierre Péan ? Des engagements douteux des belges Hergé et
Simenon sans Pierre Assouline ? Des bagnes du Maroc sans Gilles Perrault
? Des arcanes des services secrets sans Jean Guisnel ou Pascal Krop
? Bernard Violet a rejoint ce peloton de tête avec des biographies au
scalpel : celles du commandant Cousteau, de Maurice Papon ou de Carlos...
Mais désormais l'Edition est prise dans la tourmente des assauts judiciaires.
Voici un an, un livre, publié par Flammarion, faisait scandale en mettant
en cause sans preuves des leaders politiques dans le meutre du député
Yann Piat. Le traumatisme de l'affaire Piat a creusé le lit de l'affaire
Delon. Benrard Violet a fourni à Grasset une note d'intention, chronologie
de 18 pages qui aurait servi de point de départ à un livre. Un synopsis
est toujours modifié en cours d'enquête. Ses aspects impubliables ne
sont pas conservés. L'auteur corrige le tir, arrondit les angles. Son
éditeur lui suggère des modifications. Comment une directrice de collection
a-t-elle pû rompre cette confidentialité, base de la relation avec l'auteur
et envoyer cette note de travail à l'acteur ? Le reste est connu. Alain
Delon obtient d'un tribunal, le 5 août, l'interdiction de publier le
synopsis ou le livre, qui n'est pas écrit... Un procès aura lieu sur
le fond en octobre. Lundi dernier, Marianne publie le mémoire de l'avocat
et l'ordonnance qui contiennent les aspects les plus discutables de
ce synopsis et se voit condamné, conjointement avec Violet mais le journal
de Jean-François Kahn n'est pas saisi. Concernant la vie privée des
artistes, la ligne rouge est difficile à tracer. Par exemple, un biographe
de Marlène Dietrich ou d'Errol Flynn doit tenir compte de leur homosexualité
qui sous-tend tout un parcours cinématographique. Le cas d'école est
évidemment l'affaire Markovic, du nom du secrétaire de Delon, dont l'assassinat
avait ébranlé la Vè République en 1969 au point de déstabiliser le futur
président Georges Pompidou. Cela relève-t-il de la vie privée ? Est-ce
la faute des journalistes si l'acteur a été mêlé à de multiples faits
divers ? UN PORTRAIT COMPLET Paradoxe : en attaquant ce projet, Alain
Delon a souligné des aspects subalternes de son existence alors que
le journaliste voulait tracer un portrait complet de ce monstre sacré
du cinéma. Pierre-Louis Rozynès, rédacteur-en-chef de Livre-Hebdo, journal
des professionnel de l'édition, a signé cette semaine un éditorial révélateur
: « En France, on glisse depuis quelques mois vers une situation où
l'on n'aura bientôt plus le choix qu'entre des biographies non autorisées,
c'est-à-dire interdites non seulement de publication mais aussi d'écriture,
et des biographies autorisées, qui seront en fait des hagiographies
écrites par des nègres et vendues principalement en grandes surfaces
à des admirateurs naïfs. Excitante perspective. »
Copyright Roger Faligot.
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