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Irlande, Pays de Galles, Ecosse, Bretagne : 

             à la gloire du celtisme



 
 
 

Par Philippe Le Corre

 
 

Chaque année, le celtisme attire à Lorient des dizaines de milliers d?adeptes, et rapproche -par le truchement de la musique- les peuples irlandais, écossais, gallois et breton. Plus que jamais en cette fin de 20ème siècle, les pays celtes sont à la mode : La Bretagne relève la tête, et a tenu à le dire à Londres, à Covent Garden, en mai dans une grande opération de promotion destinée aux Britanniques. De leur côté, l?Ecosse et le Pays de Galles viennent d?élire, pour la première fois en trois siècles, des parlements autonomes. Quant à l?Irlande, c?est une vraie success-story économique. A tel point qu?une régate intitulée ? La course à la voile de la Vieille Alliance ? sera organisée en juillet 2001 entre l?Ecosse, l?Irlande et la France, pour célébrer les sept siècles de l?alliance franco-écossaise.
 
 
 

?C?est toujours un bon moyen pour démarrer une conversation?. L?historien et journaliste francophile Hywel Williams, fier de ses origines galloises, n?oublie jamais de les mentionner lorsqu?il se rend en France. Selon lui, les chauffeurs de taxi, les commerçants, les restaurateurs préfèrent en effet ? tout ce qui n?est ni anglais ni américain?. Entre les légendes du roi Arthur, les paysages de rêve, la musique folklorique, le whisky, la bière Guinness, la littérature (Joyce, Beckett, Stevenson, Burns, Scott) et Sean Connery, celà fait des lustres que la mythique celte a conquis le sol français. Et la lune de miel continue. Installée à Paris depuis trois ans, l?Irlandaise Alice Luce, professeur de piano, n?a eu droit, avec son époux, qu?à des gestes de convivialité de la part des parisiens. ?Nous faisions des travaux chez nous, et nos voisins nous ont laissé les clés de leur appartement? s?étonne-t-elle encore. Il est vrai que l?Irlande -paradis écologique et musical, devenu aussi un petit ?dragon? économique- jouit d?une image remarquablement bonne en France, comme en atteste la célèbration de la Saint-Patrick dans les quelques cinquante pubs que l?on trouve par exemple à Paris (chaque ville de province possède également son pub, notamment en Bretagne). ?Quand je suis arrivé il y a vingt ans, il n?y avait guère qu?un pub irlandais dans la capitale, mais c?est devenu une vraie attraction? raconte Hillary Staunton, le rédacteur en chef du magazine The Irish Eyes, mensuel culturel destiné aux 15.000 Irlandais vivant en France (500 seulement il y a vingt ans!) mais également à un public attiré par la ?celtitude?. Il parvient à pister ses compatriotes de la ? diaspora ? grâce à l?extraordinaire réseau des pubs disséminés à travers l?hexagone. Moment privilégié de rassemblement : les matchs de foot retransmis à la télévision !  Parmi les étrangers installés en France, les Irlandais semblent les mieux intégrés, en grande partie grâce à une bonne connaissance du français. ?Etant un peu les Latins du nord, nous avons une affinité particulière vis à vis des Français? dit Hillary Staunton. Hywel Williams a pour sa part constaté l?intérêt des Français pour ce qui se passe cette année au Royaume-Uni sur le plan institutionnel: ?L?élection d?un parlement en Ecosse et d?une Assemblée au Pays de Galles sont bien perçues, car les Français sont habitués à une décentralisation des pouvoirs et s?intéressent en général à la politique?. Chanteur, et professeur au centre des musiques du monde de Limerick (sur la côte ouest irlandaise) Desi Wilkinson se rappelle avec émotion les trois années qu?il passa dans le Finistère, où il put faire de la musique ? comme jamais il ne l?avait imaginé ?. Chanteuse également, mais bretonne, Brigitte Kloareg habite Cardiff, la capitale galloise. Avec sa fille, elle organise des spectacles de chansons bretonnes à travers la Grande-Bretagne et n?omet jamais de faire jouer ? la filière celte ?. Par rapport aux Irlandais, l?image des Gallois et des Ecossais est un peu moins claire dans l?esprit français (en revanche, la France est très bien perçue dans leurs pays). Cependant, la cote de popularité des Ecossais a atteint des sommets en France lors de la coupe du monde de football il y a un an. Contrairement aux épisodes peu reluisants qui se déroulaient au même moment à Marseille et à Lens, les supporters de l?équipe écossaise, très éméchés et vêtus de leurs kilts, se mêlaient à la population de Bordeaux, donnant l?image de joyeux drilles, sympathiques et innofensifs... rien à voir avec les hooligans violents d?un certain pays d?Outre-manche. Victor, un habitant de Glasgow qui venait pour la première fois en France soutenir l?équipe écossaise, se souviendra longtemps de son expédition footballistique à Bordeaux et à La Rochelle. ? Un soir, nous étions très gais et le patron mettait du temps à nous servir. Un peu impatient, l?un d?entre nous lui a demandé ce qu?il restait dans sa réserve : cinquante bouteilles, nous avons tout acheté ! En fin de soirée, même le patron dansait sur les tables et nous étions nos kilts avec leurs pantalons !? nous a-t-il raconté dans dans la chaleur d?un pub de Glasgow. Les habitants du Sud-Ouest de la France gardent aussi un souvenir ému du débarquement écossais, à tel point que la municipalité de La Rochelle avait tenu à remercier les fans de l?équipe d?Ecosse par une pleine page publiée dans le quotidien ? Sud-Ouest ? sur le thème : ? merci, l?Ecosse, revenez quand vous voulez ! ?.

Mais il y a aussi l?histoire. Combien de Français se souviennent que Marie Stuart fut aussi reine de France par son mariage avec François II ?  Et que pour se rendre à la cour de France en août 1548, la future reine -âgée de six ans- passa par Roscoff puis par le château de son cousin, le vicomte de Rohan, ancêtre de l?actuel président du conseil régional de Bretagne Josselin de Rohan ?  Chacun connaît la saga de cette jeune reine d?Ecosse courageuse, finalement arrêtée et exécutée par sa redoutable cousine la reine d?Angleterre Elizabeth I. Trois siècles auparavant, en 1295, le roi Philippe Le Bel avait scellé, avec le royaume d?Ecosse, la ? Auld Alliance ?, pour des raisons militaires. Elle durera jusqu?à l?adhésion de l?Eglise d?ecosse au protestantisme, au 17ème siècle, mais reste encore gravée dans les mémoires écossaises. ?La Vieille Alliance entre la France et l?Ecosse s?était bâtie sur une haine commune contre les Anglais? rappelle Malcolm Scott, professeur à l?université de Saint-Andrews, en Ecosse. Car toujours, Ecossais, Gallois et Irlandais trouvent un point commun avec les Français : l?opposition aux Anglais (qui représentent, faut-il le rappeller 85% de la population britannique). 
 

Le dernier volet des relations inter-celtiques concerne la musique, bien sûr. Gallois, Irlandais, Ecossais et habitants de l?île de Man se retrouvent lors de festivités inter-celtiques, en particulier à Lorient en août, devenu le rendez-vous annuel mondial de la celtitude. Il faut voir les musiciens de toutes origines communier à travers la chanson et la danse. Se dire breton en Irlande, en Ecosse et au Pays de Galles est toujours une excellente carte de visite, même si le passeport français n?est pas mal non plus. Enfin, sur le plan linguistique, des correspondances importantes existent entre la langue bretonne d?une part, le Gallois, et surtout le Cornouaillais, d?autre part. Tout Bretonnant visitant la Cornouaille, côté britannique, se demande s?il a bien traversé la Manche tant l?écriture semble identique... 

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