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BELGRADE : LA BAVURE QUI RÉVOLTE LES CHINOIS
Au plus mauvais moment....



Par Roger Faligot
DIMANCHE OUEST FRANCE
9 mai 1999.



Le bombardement de l'ambassade chinoise à Belgrade ne pouvait survenir à un plus mauvais moment. Alors que régnait jusqu'ici une confiante collaboration entre les régimes chinois et serbe, plusieurs diplomates pékinois, ont proposé au président Jiang Zemin de changer de cap.
Depuis le début du conflit, Pékin a fait connaître son opposition aux frappes de l'OTAN, fustigeant "les ingérences dans un état souverain".
La propagande chinoise compare en effet les séparatistes kosovars aux guérilleros musulmans du Xinjiang qui "menacent l'intégrité de la nation chinoise ".
De même en 1997, le régime serbe a chaudement félicité la Chine pour son annexion de Hong Kong, non sans arrière pensée. En novembre 1997, Slobodan Milosevic, accompagné de son conseiller pour la Sécurité, Joviva Stanisic, rend visite aux dirigeants chinois. Outre l'aide militaire et technologique, Stanisic négocie avec la Sécurité d'Etat (Guoanbu) l'échange de renseignements sur les mouvements islamiques soutenu par l'Iran et l'Arabie saoudite...
Le soutien des Chinois aux Serbes, s'est affermi en début de cette année, suite à la décision de la Macédoine d'ouvrir des relations diplomatiques avec Taiwan... Résultat : Pékin avait usé, en février, de son droit de véto comme membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU pour bloquer la prolongation du mandat de la FORDEPRENU en Macédoine.
Toutefois, après le tir de barrage de la diplomatie chinoise contre la "politique hégémoniste des USA" et le rôle de l'OTAN dans la crise du Kosovo, le Parti communiste chinois a réfléchi, ces dernières semaines, aux risques pour Pékin d'être trop ouvertement aligné sur le régime de Milosevic.
Les responsables chinois ont gardé en mémoire la révolution roumaine de 1989 : juste avant le renversement de Ceaucescu, ils avaient apporté leur soutien indéfectible au régime de Bucarest...
Selon nos informations, des organismes-clef dépendant du gouvernement ont été consultés : le tout-nouveau "Groupe de consultation sur les affaires étrangères" créé par le président Jiang Zemin et le "Centre chinois de recherche et d'Etudes internationales" (CISC), dirigé par Li Luye, sorte de conseil de sécurité nationale à la pékinoise. Leurs conclusions? Il faut prendre ses distances du régime de Belgrade.
Sans pour autant approuver les frappes de l'OTAN, ils recommandent que le Pékin traite la question kosovar avec plus de souplesse afin d'éviter un retour de bâton quand le conflit serait terminé.
Ces stratèges proposent même que la Chine participe à l'entr'aide internationale de façon égale pour Serbes et Kosovars.
" Rappellons les paroles du regretté Deng Xiaoping qui disait : la Chine doit garder un profil bas dans les affaires internationales qui ne présentent pas une menace directe pour ses intérêts vitaux et sa sécurité nationale", concluait l'un de ces rapports, qui semblait avoir été particulièrement apprécié par le premier ministre Zhu Rongji.
Dans ce contexte, le bombardement de l'ambassade de Chine est plus que fâcheux, renforçant les positions des tenants de la ligne dure. Et ceux qui estiment, aux Etats-Unis comme en Chine, qu'une "nouvelle guerre froide" risque de dominer les relations entre les deux pays.

© Roger Faligot.

 
 
 
 
 
 
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