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ILS DISENT M... A L'APOCALYPSE !



 
 

Par Yves Pouchard
"Le Journal du dimanche", 8 août 1999

 
 

Paco Rabanne sera en Bretagne mercredi 11 pour vivre l'apocalypse qu'il a annoncé. Si la station Mir doit tomber sur Paris ce jour-là selon le célèbre couturier, sa venue en Armorique n'a rien d'étonnant. C'est dans une ferme de Ploujean, dans la périphérie de Morlaix (Finistère), que le petit Francisco Rabaneda-Postigo est venu se réfugier à 3 ans en 1939, fuyant la guerre civile d'Espagne avec ses parents. Son père, officier de l'armée républicaine, et sa mère, dirigeante du Parti communiste espagnol, étaient poursuivis par le nouveau patron du pays, Franco. Quatre ans plus tard, le gamin eut sa première relation avec l'au-delà : "un soir où je n'arrivais pas à dormir malgré une grande fatigue, j'ai décidé d'arrêter le temps. J'ai trouvé une technique respiratoire. J'ai vraiment figé le temps. J'ai été projeté dans un tunnel gris et je me suis retrouvé dans le ciel. Un fil d'argent me reliait à mon corps physique que j'avais complètement quitté. Je me voyais allongé sur mon lit. Ce fut ma première expérience mystique." Paco Rabanne n'a jamais caché qu'il aimerait finir sa vie sur les lieux de cette initiation.

Pour autant, il ne faut pas qu'il s'attende à être accueilli à bras ouverts. C'est depuis Brest qu'un groupe anti-apocalypse a lancé un appel à refuser les prédictions des mages de tout poil. Renaud Marhic, journaliste-écrivain spécialiste des sectes, a réuni des amis pour créer "M... à l'apocalypse", association de lutte à l'esprit caustique. Dûment déposée en préfecture, l'association a pour but de "dire leur fait aux astrologues, voyants et prophètes ayant annoncé l'apocalypse pour le 11 août 1999". Seule et unique action : se retrouver le 11 août à 11 h 23, soit une minute après la fin du monde annoncée, pour boire l'apéritif des survivants sur les ruines du siège de Paco Rabanne, au 7 de la rue du Cherche-Midi à Paris. "Jamais, je n'ai reçu autant de réactions et de courriers de félicitations, s'amuse Renaud Marhic. Nous menons une initiative citoyenne contre l'obscurantisme et la bêtise car jusqu'à présent, le délire apocalyptique se cantonnait à de petits cercles et cette fois, il se répand dans le grand public avec des risques de conséquences dramatiques."

Dans certains milieux intégristes catholiques, la Bretagne est considérée comme une terre qui serait préservée au moment de la fin du monde. Des prêcheurs avancent des annonces mariales, non reconnues par l'Eglise, pour entretenir l'idée de l'ilot sauvé au bénéfice des seuls vrais croyants. Le nombre important de regroupements et de camps de vacances de cet esprit qu'accueillent la région depuis ces dernières années ne serait pas dû au hasard. "Des personnes fragiles sont inquiètes et notre éclat de rire a aussi pour but de ramener un peu de sérénité dans ce délire obscurantiste. Cavanna a dit 'même s'il n'y en a qu'un sur cent qui écoute, ca vaut le coup' et c'est bien là notre philosophie", conclut Renaud Marhic qui, s'il est toujours vivant, s'est engagé à rentrer sur Brest au plus vite après l'apéro des survivants pour déposer la dissolution de l'association.

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Renaud Marhic a écrit, entre autres : "L'ordre du Temple solaire" 1996 Editions L'Horizon chimérique (Bordeaux) et "Voyage au bout de la secte", avec Stéphane de Keyser, 1998 éditions Buchet-Chastel (Paris).
 
 
 

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