LE PETIT TRAIN surnommé "YOUTAR"

 

 C'est le 29 janvier 1894 que fut ouverte la ligne DOUARNENEZ-AUDIERNE passant à PONT-CROIX. Le petit train surnommé "YOUTAR" ( gros mangeur de bouillies-en breton) va courir à la vitesse de 12 km/h tout au long de sa carrière.

 

La ligne de chemin de fer de Douarnenez à Audierne demeure encore chère au coeur de nombreux Capistes. Chacun s'en souvient, le plus souvent un sourire aux lèvres, avec indulgence. La raison de cette sympathie est sans doute celle qu'évoquait "l'union agricole" , en date du 30 janvier 1894 : " si les besoins du commerce et le désir d'avoir de plus rapides communications n'avaient pas rendu pour ainsi dire indispensable la création de la ligne de chemin de fer de Douarnenez à Audierne, on l'aurait créée au point de vue du tourisme et du pittoresque. Rien de beau comme le pays que traverse le nouveau petit chemin de fer et, pour peu que vous soyiez amateurs de beaux aperçus et de larges horizons, montez dans un de ces petits wagons et laissez vous emporter jusqu'à Audierne. Vous serez ravis du voyage. " Il y maintenant un peu plus de 105 ans, le vaillant petit train naissait aux yeux de la population capiste.

UN DEFI :

Tout avait commencé 18 mois auparavant. Lorsque fut décidéé la création de cette ligne " du bout du monde " et que les services compétents annoncèrent son ouverture dans un délai d'un an et demi, beaucoup accueillirent la nouvelle avec un scepticisme amusé. C'était un défi au bon sens quand on considérait les terrassements nécessaires à l'aménagement de la ligne. Le pari fut tenu. Et pourtant, les difficultés ne manquèrent pas ! A peine terminée, la digue de Lannéon s'effondrait sur près de 15 mètres. Le Goyen qui déploie à cet endroit une naissante majesté considéra-t-il l'ouvrage comme un crime de lèse-majesté ? Toujours est-il que la digue de Lespoul provoqua sa rancune et qu'il fit son chenal selon un nouveau tracé, tout près du rivage de Plouhinec. Finalement, la rivière, transporteur condamné à la déchéance, accepta le voisinage de son concurrent moderne et les délais fixés par M.Considéré, ingénieur en chef et auteur des plans, furent bel et bien respectés. Et par un beau dimanche du 28 janvier 1894 ...

LE GRAND JOUR :

Le jour de l'inauguration faillit pourtant être gâché par le mauvais temps : toute la nuit du samedi au dimanche, avait été marquée par la bourrasque et des averses torrentielles. Mais il était dit que la nouvelle ligne naîtrait sous le signe du soleil, car, à 9h, lorsque le train de Quimper prenait à son bord le préfet et les notabilités départementales en direction de Douarnenez, départ du voyage inaugural. Le soleil était de la fête.

Au même moment, à Audierne, sous le même soleil, le recteur Masson, entouré de se paroissiens bénissait le train et le matériel ; tandis que, plus prosaïquement, M.Batifoulier, restaurateur, allumait ses fourneaux d'où sortait le plantureux banquet prévu à midi. Un petit convoi s'ébranla en direction de Douarnenez à la rencontre du train préfectoral. A 10h, tout le monde se congratulait en gare de Douarnenez, avant de monter dans le train inaugural. Et c'est le départ ; non sans peine, car le garde-champêtre local a tout le mal du monde à disperser les curieux.

VOYAGE INAUGURAL :

Le départ est triomphal: chacun s'installe. Aux côtés du préfet Proudhon, l'ingénieur en chef et le député de la circonscription M.Cosmao-Dumenez. Le paysage est plaisant: quoi de plus beau que la campagne mouillée de Poullan sur laquelle s'amusent les rayons de soleil ? On admire le Ménez-Hom qui fait le dos rond ; le cap de la Chèvre qui écume ; quelqu'un aperçoit même le casino de Morgat. L'on arrive à Poullan : arrêt dans un bois de sapins, on ne reconnaît la nouvelle gare qu'aux monticules de pierres rangées qui serviront à la construction. Direction : Beuzec.

"Des vaches effrayées par le bruit inaccoutumé des wagons et par le meuglement prolongé de l'avertisseur, se livrent à des courses folles", se confie un chroniqueur de l'époque. Et enfin Pont-Croix ; ici la gare est presque achevée. On s'arrête une heure, un vin d'honneur attend les officiels à l'hotel de ville. M.Alavoine, maire et conseiller général, reçoit ses hôtes avec courtoisie avant de se joindre à eux pour la suite du voyage. M.Gloaguen, chef de la gare de Pont-Croix, l'accompagne également. On approche d'Audierne. Le château de M. de l'Ecluse et son usine à soude sont pavoisés. Son yacht salue le train d'une salve d'artillerie. De petits bateaux, montés par des mousses, rivalisent en vain de vitesse dans l'anse du Stum, mais, au pont de Suguensou, un vélo a réussi l'exploit. Le train arrive à présent à Audierne ; la gare est noire d'une foule enthousiaste. La fête continue...
La fanfare de Douarnenez joue l'hymne russe, sous la direction de son chef M.Moulineau. Les binious eux, jouant la marseillaise, conduisent les officiels par les quais et rues, pavoisés aux couleurs françaises et russes.

C'est vers 6h, que le train officiel quitte Audierne. La grande journée s'achève.

Telle fut la mémorable inauguration de la ligne Douarnenez -Audierne. Ouverte dès le 29 janvier aux voyageurs, elle ne le sera aux marchandises, grande et petite vitesse, que le 29 février.

Au lendemain de la première guerre mondiale, la concurrence de la route se fait sentir, et le régime doit être révisé à la baisse. Mais ce qui va menacer le chemin de fer, c'est la concurrence nouvelle des autobus qui en 1934, se taillent déjà la part du lion.

Le 31 décembre 1938, le YOUTAR est sacrifié lors de la liquidation totale du réseau. Mais avec l'entrée de la France en guerre, on réouvrit le YOUTAR qui reprit du service le 14 novembre 1941 avant d'être définitivement déclassé au 30 novembre 1946.

Il n'en reste aujourd'hui que quelques tronçons perdus dans la campagne, encore que, le long du Goyen, de récents aménagements permettent une agréable et pittoresque promenade .......... à pied .

     A . Claquin