De la naissance à la renaissance (n°4).

En 1728, le prieur de Bréhat, frère Hervé Yves Morvan, rend compte des revenus de sa paroisse. Il déclare « quil y a dans laditte ille un moulin amer & moulin avent quy appartiennent au sieur Guezennec Courrouge et Lembert ». En effet, les héritiers TANOUARN ont cédé et transposé leurs droits sur les trois moulins en 1718, à François CORROUGE, François LAMBERT et Pierre GUEZENNEC.
Prémices de troubles futurs ? En
1744, les Bréhatins contestent être sujets aux corvées nécessaires au rétablissement du moulin à mer. « Le sieur François Corrouge, bougeois et habitant de l'isle de Bréhat tient et possède à titre de féage noble de monseigneur le duc de Penthièvre amiral de France, la moitié des moulins à mer et à vent de laditte isle en indivision avec les héritires de deffunt maitre Pierre Guezennec et de ceux de deffunt le sieur François Lambert ».
Les arrêtés de la cour des 6 juillet
1715, 4 avril 1717 et 4 mai 1719, donnent raison à ces fermiers : «  les sujets d'étraignables des moulins à mer et à vent de l'isle de Bréhat seront tenus de réparer les moulins ». Ces sujets détraignables dont il est question sont obligés d'aller moudre leur grain au moulin banal, ici, celui du Birlot. Les contrevenants auront 50 livres d'amende.
Les corvées ne sont que d'une journée tous les 10 ou 15 ans et celles-ci sont indispensables : « 
le moulin à mer de laditte isle est le plus considérable des trois, lequel ainsy que les chaussées ayant grand besoin de réparations ».
L'extrait des registres du Parlement du 8 septembre
1744 fournit les détails suivants sur les travaux à effectuer : « l'on est hors d'état de pouvoir faire établir le corps du moulin à mer, la masse qui soutient le marbre [la meule], les bouts des ponts [les vannes] et la chaussée, les 2 arboutants pour le soutien du corps du moulin, de rétablir les pierres qui y manquent, de recharger les chaussées, de couvrir [le toit de chaume] et autres réparations d'autant plus pressantes et nécessaires que si le tout n'est incessamant rétably le dit moulin amer se trouvera en peu de tems absolument hors d'état de pouvoir être d'aucune utillittée ».
Malgré cela, les Bréhatins ne se présentent pas à l'heure et à l'endroit convenu pour la corvée. Ils arguent que la famille TANOUARN ne leur a jamais demandé de remplir leurs corvées et qu'un afféagiste roturier n'a pas à les contraindre aux travaux sur ce moulin. Ils sont en cela soutenus par le sieur Le Bolloche de la Roche, sous-lieutenant de milice, « 
qui dit qu'il en [des moulins] fera batir d'autres quand il voudra pour faire moudre leurs bleds ».
Dans une lettre du 1er septembre
1744, les autorités affirment qu'un afféagiste roturier peut se prévaloir des mêmes droits et privilèges que le seigneur du fief duquel il détient son contrat.
L'affaire est réglée par un arrêté du Parlement qui propose également de faire casser de son grade de sous-lieutenant le sieur Le Bolloche
« pour abaisser l'orgueil de ce mauvais sujet qui a osé promettre aux habitans de l'isle de leur faire bastir des moulins pour leur service ». Cette insurrection préfigure assez bien de ce qu'il se passera un demi siècle plus tard…
On peut supposer que les travaux sont accomplis assez rapidement puisque la date portée sur le linteau de la porte centrale du moulin est bien
1744.
Comment lire ces lignes sans évoquer la similitude des travaux à effectuer en
1744 et l'état des lieux de 1990 : restaurer le corps du bâtiment, recharger les chaussées, refaire le toit… Les arcs-boutants mis en place lors de cette rénovation ont, eux, heureusement bien résisté. Même la conclusion de ces constats, faits à deux siècles et demi d'intervalle, est identique : l'urgence de travaux, faute de quoi le moulin tomberait en ruine.
L'architecture du moulin semble dès lors être la même que celle des cartes postales du début du siècle.

(à suivre…)