Les pêches
sur
le sable






Les étendues de sable ou sablo-vaseuses

Ces grandes étendues de sable sont le domaine des coques, palourdes, praires, couteaux, myes, mactres, crevettes grises, etc... De nombreuses espèces de poissons suivent la marée montante pour se nourrir des animalcules qui n'ont pas eu le temps de se protéger. En pêche à pied certains de ces poissons vont nous intéresser comme les poissons plats (soles plies carrelets, turbots) ou les lançons.


La configuration du terrain détermine les espèces que l'on peut trouver. Il existe d'immenses plages de sable sans la moindre petite bestiole à se mettre sous la dent. Par contre, à certains autres endroits, nous n'aurons qu'à nous baisser pour remplir un panier. En fait, la découverte d'un coin de pêche dépend de l'observation. Le meilleur indice, et le plus facile à voir est la concentration des "bassiers" (bipèdes, toujours courbés en deux et occupés à fouiller le sable) sur l'estran. Ensuite, c'est l'expérience de chacun qui fera découvrir les coins de pêche. Eventuellement, on peut se risquer à poser des questions aux autochtones si l'on ne craint pas de se faire envoyer balader (au propre comme au figuré). Hé oui, on est tous jaloux de ses coins de pêche !!!




LES COQUES

C'est un excellent mollusque bivalve, très commun sur nos côtes. Généralement, les coques sont très peu ensablées. Dans les endroits où elles sont particulièrement nombreuses, il suffira d'un simple râteau, néanmoins assez solide, pour labourer le sable devant soi. Le remplissage d'un seau se fait très rapidement. On doit cependant trier les coques les plus petites afin de leur laisser le temps de grandir.
Dans certains autres endroits, les coques sont moins nombreuses, mais bien plus grosses, et là, même pas besoin de gratter le sol, elles sont posées dessus et il n'y a qu'a se baisser pour les ramasser.
Avant de les déguster, il faut les laisser quelque temps dégorger dans un grand volume d'eau de mer. Trop peu d'eau entraînerait une mort par asphyxie.


Pour les préparer, il faut les faire ouvrir, à sec ou avec un peu de vin blanc, dans une marmite ou un fait-tout. Elles sont déjà délicieuses comme cela. Les recettes de coques sont nombreuses, mais on peut les décoquiller et les faire revenir avec un beurre d'escargot ou bien les incorporer à une sauce blanche, confectionnée avec l'eau que les coques ont rendue en cuisant, la sauce poulette.
Il est possible d'incorporer les coques comme garniture à certaines sauces.

La coque est aussi un bon appât, qui tient bien à l'hameçon et dont les dorades sont friandes.




LES PALOURDES

Sans entrer dans tous les détails physiques les différenciant, sachez qu'on trouve deux catégories de palourdes, les vraies et les fausses, les meilleures au goût étant, sans conteste, les vraies, bien sûr.
Les vraies palourdes, qu'elles soient roses, des Glénans, soit grises, sont des bivalves, de taille maximum 6 ou 7 cm pour les très grosses, mais, plus généralement de 3 à 5 cm, dont les stries de la coquille sont très fines et parallèles à la bordure de celle-ci.
Le terme de fausse palourde qualifie tout un tas d'espèces, qui ressemblent aux palourdes, mais dont les qualités gustatives sont très inférieures.
Les palourdes, vraies comme fausses vivent dans du sable, souvent assez gros, mais jamais très tassé. Elles vivent en colonies, les gisements, dans des lieux relativement calmes. Elles s'enfoncent dans le sable de 4 ou 5 centimètres et sont repérables aux trous par lesquels elles filtrent l'eau de mer pour se nourrir et respirer.

Lorsque l'on met des palourdes (vraies ou fausses) dans un seau rempli d'eau, on s'aperçoit, au bout d'un petit moment qu'un siphon blanc et allongé sort de la palourde entrouverte et s'allonge, à la recherche d'eau chargée en air, pour respirer. L'observation de ce siphon explique bien la configuration des trous au sol.
La fausse palourde a un siphon qui se compose en fait de deux tuyaux, accolés, dont l'un a un diamètre légèrement inférieur à l'autre. Cela explique la forme en 8 de ces trous sur le sable.
Pour la vraie palourde, ces deux tuyaux sont séparés et donc, chacun laissera un trou parfait sur le sable. L'écartement de ces trous dépend, bien sûr, de la taille de la palourde, mais c'est, en général 2 à 4 cm. qui séparent ce trous.
Ces trous ont, par le suite des formes quelque peu différentes car de petits graviers, de petits bout d'algues altèrent la forme des trous. C'est l'expérience, le flair qui feront découvrir le coquillage.
Un autre détail peut signaler ces coquillages : c'est le jet d'eau que certains envoient en l'air (en se refermant sous le sable et en expulsant le trop-plein d'eau contenu dans leur coquille) lorsque notre poids fait vibrer le sol et tasse le sable.

Pour creuser le sable, une fois les trous ou le jet repérés, le meilleur outil est sans conteste une solide fourchette. Il existe, dans le commerce, des petites griffes à trois doigts et des sortes de piquets de tentes, les sardines, avec un manche qui ont le même usage... mais plus chers.

La meilleure manière de déguster la palourde est de l'ouvrir avec un couteau (sans dent) et de la croquer sans autre artifice, accompagnée, quand même, de pain et de beurre salé (et éventuellement d'un bon vin blanc sec). Lorsqu'elles sont très fraîches, les palourdes ne sont, parfois, pas très coopératives et l'ouverture est difficile.
On peut aussi les manger farcies, c'est excellent. Pour cela, faire ouvrir les palourdes (surtout sans eau !!!) sans les cuire, les décoquiller et les remettre dans une moitié de coquille, avec un beurre d'escargot, et les passer au four ou au grill.
Pour éviter le travail de farcissage des palourdes, il est possible de les faire, une fois décoquillées, revenir rapidement dans une poêle, avec ce même beurre d'escargot.

Malgré que la palourde soit en général assez propre (contrairement à la coque), il est préférable de la faire dégorger un petit moment dans de l'eau de mer, quand c'est possible, puis de bien les rincer énergiquement, (sans jamais les laisser tremper dans de l'eau douce).




LES PRAIRES

Ces excellents coquillages sont plutôt dragués par les professionnels. On les rencontre parfois dans le même habitat que les palourdes et c'est en recherchant ces dernières qu'on trouve des praires. Elles sont malheureusement de plus en plus rares, mais il en existe encore des gisements à certains endroits où les rochers interdisent le chalutage, suffisamment éloignés des grandes fréquentations.
Crues ou farcies, c'est un coquillage savoureux.




LES COUTEAUX

C'est une pêche très prisées par les enfants.
Les trous sont très faciles à voir car ils forment vraiment un huit ou un trou de serrure.

Le couteau a formé une galerie verticale d'une cinquantaine de centimètres de profondeur dans lequel il jouera à l'ascenseur, au gré des marées. Le couteau se déplace le long de ce boyau grâce à un muscle rétractile, qu'il sort et rentre à volonté, que l'on pourra mieux observer sur l'animal ouvert.

Une fois le trou découvert, plusieurs solutions pour vaincre la bête.
La manière forte, façon terrassier : à l'aide d'une bêche on creuse un trou d'une trentaine de centimètres en prenant bien soin de ne pas écraser le couteau. C'est très pénible et pas très élégant.
La manière fine : lorsque le sable où se trouvent les couteaux, est meuble, enfoncer la main, bien droite et en biais vers le siphon du couteau pour essayer de le coincer sur la paroi. On le sent très bien. Puis, creuser autour avec l'autre main pour le dégager en douceur. Attention, car la coquille est fragile.
La manière professionnelle : Prendre une baleine de parapluie ou plus simplement une tige de fer fin mais très rigide d'une cinquantaine de centimètres de long, à laquelle on aura recourbé une extrémité sur un petit centimètre, pour former comme un petit crochet, et à l'autre extrémité faire une petite poignée permettant de faire pivoter la tige. Pour récupérer le couteau, il faut descendre, bien droit, la tige dans le trou. Lorsque l'on sent le couteau, le transpercer et faire pivoter la tige d'un quart de tour puis tirer vers le haut et le couteau vient, enfilé sur la tige.
La manière ludique : la plus connue, le sel. Lorsqu'un trou de couteau est repéré, il suffit de mettre un peu de sel fin dessus, éventuellement un peu d'eau de mer, pour que le sel pénètre bien. Est-ce que le sel gène suffisamment le couteau pour qu'il veuille sortir de chez lui ou est-ce qu'il croit que la mer monte ? Je n'en sais rien mais, toujours est-il, il remonte à la surface. Il faut, lorsqu'il apparaît franchement à la surface le saisir délicatement mais fermement, et tirer, tout doucement vers le haut afin que son muscle, qui le tient fermement ancré au siphon, se relâche et permette de le sortir complètement.

Dans le panier de transport, on s'apercevra que les couteaux relâchent un petit bout de chair tubulaire, tel un lézard se séparant de sa queue. Ce morceau de chair, en s'étirant au maximum permet au couteau de tapisser la partie du siphon qui se trouve au-dessus de lui. Cet appendice n'a aucune valeur, ni culinaire, ni comme appât.
Sur la plan culinaire, le couteau n'est pas très prisé car il est coriace, mais, après l'avoir fait dégorger, ouvert comme des coques, on peut le hacher finement et l'incorporer à des préparations à base de coques ou de palourdes, notamment farcies.

C'est un bon appât pour la pêche, qui se tient très bien à l'hameçon.





MYES, MACTRES, CLAMS.

Les myes, mactres, clams sont de très gros coquillages qui sont enfoncés profondément dans le sable. Les trous qui les trahissent sont à la mesure de leur taille. Comme les précédents, ils peuvent être trouvés lors des marées basses, mais de plus fortes amplitudes. Les jets d'eau qu'ils provoquent lorsqu'on se rapprochent d'eux sont importants et les font surnommer "pisse en l'air". Là, pas question de sel pour les faire monter à la surface, mais une bonne bêche pour réussir à les dégager.
Ce sont, là aussi, de savoureux coquillages, quoique un peu plus coriaces que la palourde ou la praire. La taille de l'animal rebute parfois certains.




LES COQUILLES SAINT JACQUES

La pêche à la coquille Saint Jacques est sévèrement réglementée. Les pêcheurs professionnels, eux-mêmes, font la police dans leurs rangs pour préserver la ressource. Après une pêche intensive et quelques maladies, elles ont été décimées et seule, une gestion draconienne des stocks a permis de les reconstituer en partie. En Bretagne du nord, où elle est la plus savoureuse, ce sont les ports d'Erquy, de Paimpol, de Loguivy de la Mer qui sont les principaux ports coquilliers de la région. La rade de Brest recèle aussi un important gisement qui a été reconstitué grâce à un important réensemencement avec des juvéniles.

Occasionnellement, on peut en trouver sur les grèves ou sur les rochers. Non pas qu'elles s'y sont installées, mais plutôt parce qu'une tempête les y a propulsées. Autrement, on a peu de chance d'en trouver, elles ne sont plus suffisamment nombreuses.



Sur le plan culinaire c'est un des coquillages qui se prête le mieux à tous les arrangements. Des livres entiers de cuisine pourraient leur être consacrés tant les recettes sont nombreuses. Pour ma part, c'est crues que je les préfère, simplement cuites par un jus de citron et de l'huile d'olive. Leur goût est tellement fin qu'elles n'ont pas besoin de beaucoup d'accompagnement. (Si en plongée, vous tombez sur une coquille Saint Jacques, n'hésitez pas, coquez-la, vous m'en direz des nouvelles)

On peut les déguster chaudes aussi, bien sûr et c'est royal, mais toujours les cuire à feu très vif et très peu de temps : une longue cuisson les ferait durcir. On les connaît en coquilles (accompagnées de coques, de moules etc.. dans une béchamel), farcies avec un beurre d'escargot, en brochettes etc...

Voici ma recette préférée lorsque je veux les manger chaudes :
Après avoir nettoyées les noix et éliminé toute trace de sable, je les sèche bien. Je nettoie ensuite les barbes qui entourent les noix, (elles portent une partie du goût de la coquille) et je les coupe en tout petits tronçons de moins d'un centimètre. Je coupe les noix en deux, dans le sens de l'épaisseur. Je fais chauffer, très fort, une poêle anti-adhésive avec une petite noix de beurre (salé, bien sûr) je mets rapidement les demies noix et les barbes coupées en petits morceaux. Le côté sur lequel est posé la noix doit être presque brûlé alors que l'autre face doit être encore crue. Je retourne les noix et, lorsqu'elles sont cuites de l'autre côté, je les arrose de whisky que je fait flamber. Lorsqu'il s'éteint, j'ajoute un peu de crème, un peu de sel et c'est tout, mais c'est délicieux. J'accompagne le plat de riz blanc.

Les coquilles Saint Jacques bretonnes n'ont pas autant de corail (ce sont les parties reproductrices de la coquille) que leur voisines normandes et c'est tant mieux car c'est une partie qui a peu de saveur comparé au reste de l'animal. Par contre, il a un très bel effet décoratif.


Tous les deux ans, au printemps, à la fin de la période de pêche, les trois ports coquilliers de la Bretagne nord organisent, à tour de rôle, la fête de la coquille. La coquille y est, bien sûr, reine et on peut la déguster à toutes les sauces et même en acheter à des prix ultra compétitifs. Des balades en mer sont organisées pour suivre les bateaux coquilliers et voir la manière dont ils pêchent.
Les noix de coquilles Saint Jacques se congèlent très bien à condition d'être très fraîches, voire vivantes. Je préfère les retirer simplement de leur coquille, et faire de petits paquets de 6 ou 8, sans les nettoyer ni retirer l'eau qu'elles contiennent obligatoirement. Ce ne sera que lorsque je voudrais les utiliser que je les ferais décongeler et que je les nettoierais. De cette manière le goût et la consistance de la coquille Saint Jacques sont protégés.




LES HUITRES

L'huître est le coquillage le plus consommé en France. En gros, il y a, sur nos côtes, deux grands familles d'huîtres : les creuses et les plates. Je ne parle pas des crûs, qui sont aussi nombreux que les sites d'exploitation et qui vont de Dunkerque à Nice en passant par la Corse. D'ailleurs, si vous saviez les kilomètres que les huîtres parcourent durant leur vie : elles naissent à un endroit, sont élevées à un autre, sont affinées dans un troisième pour être vendu dans un hyper quelconque. Et ensuite on nous dit que c'est de l'huître bretonne, normande, de Marennes-Oléron, de Bouzigues, de Thau. De Qui se moque-t-on ? Bof, elles sont néanmoins très bonnes, Toutes.


Les huîtres creuses ( japonaises ou portugaises ) sont maintenant les plus nombreuses, mais c'est l'huître plate qui, il y a quelques siècles, était la seule qui se trouvait sur les côtes françaises. C'est l'huître de Bélon qui est l'huître plate la plus connue.

Traditionnellement, les huîtres sont cultivées par des ostréiculteurs, mais fréquemment, on en rencontre à l'état sauvage. Le naissain des huîtres a, dans un premier temps besoin d'un support pour se fixer. Ce support est très variable. Les ostréiculteurs, pour leurs captages utilisent divers matériaux : des tuiles, des coquilles de coquille Saint Jacques et même des supports en plastique. Bon nombre de larves d'huîtres se déposent, dans la nature, sur des supports plus ou moins stables, mais aussi sur des rochers. Celles qui se déposent sur les rochers y resteront bien ancrées, ne produisant du calcaire que sur la partie non protégée par le support, mais nous y reviendrons dans la pêche à pied dans les rochers.

Certaines huîtres vont donc vivre une vie autonome, tel un caillou filtrant. On les trouve dans des gisements très localisés, de plus en plus rares, dans des endroits très calmes et seules de fortes tempêtes délogeaient les huîtres de leur abri naturel. C'est en draguant ces gisements que l'on récoltait l'huître avant l'avènement de l'ostréiculture. Il existe quelques gisements, dont l'emplacement est un secret jalousement gardé. On m'a parlé d'un tel gisement dans la baie de Quiberon qui, les jours de grande marée, ressemble aux Champs Elysées aux heures d'affluence.

Du côté de Bréhat, il y a un petit gisement, dans une immense mare à fond de sable, entourée de rochers et accessible uniquement aux très grandes marées (plus de 100). On va dans l'eau jusqu'à la poitrine et avec une fourche à grandes et fines dents (je n'en connais pas son nom agricole) on tamise la surface du sable. Outre les huîtres plates, on a souvent la surprise d'y ramasser aussi des coquilles Saint Jacques (attention aux dates d'ouverture !).


L'huître fraîche, qui sort de l'eau a une saveur incomparable, éventuellement un petit filet de citron, mais surtout pas de vinaigre à l'échalote qui va couvrir le goût si délicat de l'huître d'une manière épouvantable.

L'ouverture de l'huître est toujours un exercice dangereux et une huître, fraîchement sortie de l'eau, est toujours plus récalcitrante. La meilleure méthode consiste à prendre un couteau à huître à courte et large lame arrondie, solide, au tranchant fin mais non aiguisé et non coupant, doté d'une plaque de métal comme la garde d'une épée. Les gauchers seront toujours un peu gênés car le muscle dont l'huître se sert pour fermer hermétiquement sa coquille, et qu'il faut sectionner pour l'ouvrir facilement, se trouve toujours légèrement vers la partie droite de la coquille. Donc, tenir fermement l'huître dans sa main gauche, calée dans un chiffon épais protégeant des dérapages, (éventuellement s'aider en s'appuyant sur une table par exemple) et glisser la lame entre les deux parties de la coquille, aux deux tiers de celle-ci et couper le muscle complètement. Il suffit de soulever entièrement le couvercle et de casser la charnière. Parfois il est très difficile, voire impossible d'en trouver la ligne de fermeture, plus qu'une seule solution, radicale, ouvrir l'huître par sa charnière arrière. C'est un travail qui demande une certaine force.

De nombreux engins sont commercialisés, à des prix parfois conséquents, pour des résultats généralement décevants. L'innovation qui consiste à inclure dans l'huître, à un certain moment de sa croissance, un fil qui sectionnera le muscle en tirant dessus est intéressante mais renchérit beaucoup le prix des huîtres.

Les huîtres peuvent se conserver vivantes jusqu'à 5 ou 6 jours si on les conserve à plat, pour qu'elles conservent leur eau, dans une température fraîche, mais surtout pas glacée. Le son d'une huître fermée doit être mat. Un son creux indique que l'huître a perdu son eau et n'est sûrement plus très fraîche.


Un dernier petit test avant de déguster l'huître consiste à toucher, avec la pointe de son couteau,
le bord de la chair, le manteau. S'il n'y a aucune réaction, la bête est sûrement morte et donc à jeter, sans regrets.


BON APPETIT !!




LES CREVETTES

Les crevettes que l'on pêche en bordure des plages sont, dans l'immense majorité, des crevettes grises. Les crevettes roses et les bouquets se trouvent plutôt dans les mares ou cours d'eau circulant dans des rochers couverts d'algues. Nous y reviendrons dans la partie consacrée à la pêche dans les rochers.

Les crevettes grises se pêchent avec des épuisettes dont la partie inférieure, droite et solide doit pouvoir racler le fond sableux pour faire s'élever la crevette qui sera récupérée par le filet qui suit et maintenu au fond de celui-ci par le courant que le pêcheur crée en poussant son engin. Il suffit donc de relever l'haveneau au bout de quelques dizaines de mètres et de trier son contenu (coquilles vides, petits cailloux, algues).
Il vaut mieux rejeter celles qui sont trop petites et ne sont pas passées entre les mailles du filet, ainsi que les alevins de poissons plats (soles, turbots, plies) qu'on attrape aussi fréquemment. Ces poissonnets ne font pas la taille et il vaut mieux leur souhaiter bonne chance pour les reprendre dans quelques années !! Attention, les mailles des filets doivent avoir une taille minimum. Les haveneaux vendus dans le commerce n'ont pas de problème de ce côté.

On trouve beaucoup de crevettes sur les grandes plages de la Mer du Nord, Deauville, Trouville etc. mais aussi dans certains petits fleuves qui serpentent à marée basse dans de grandes baies (Mont Saint Michel). Il n'est pas nécessaire d'aller très profond dans l'eau (jusqu'à mi-cuisse est amplement suffisant) car la crevette suit la marée.

Sur les plages, lorsque les crevettes sont présentes, il faut pousser son haveneau parallèlement à la mer. Par contre, dans les cours d'eau, il faut remonter le courant.

La cuisson des crevettes est très aisé. Il faut faire bouillir une grande quantité d'eau salée ou d'eau de mer. Lorsque celle-ci bout, y jeter les crevettes. Lorsque l'eau bout à nouveau, attendre une minute et égoutter immédiatement les crevettes et les saler, avec du sel fin, directement dans l'égouttoir en les remuant bien.




LES ARAIGNEES

Traditionnellement de mai à début juillet, les araignées de mer remontent à la côte pour frayer. Il n'est pas rare qu'à cette époque une grande marée basse les surprenne. Mais bien sûr l'araignée se rencontre plus souvent dans les rochers ou les zones sablo-rocheuses.




LES VERS

Nous avons vu que certains coquillages pouvaient servir d'appâts, enfin tous pour peu que nous n'ayons pas envie de les manger. Sur certaines plages, on trouve des quantités de vers marins que l'on pourra tout à fait utiliser pour garnir nos hameçons.
Deux espèces vont nous intéresser : les arénicoles et les néreïdes. Chaque région leur donne un nom différent mais ce sont de très bons appâts assez facile à trouver.


Les arénicoles sont de gros vers d'une dizaine ou une quinzaine de centimètres de longueur dont la couleur du corps est brun très foncé, voire noir. Une queue cylindrique, presque aussi longue que l'animal et servant à évacuer tous ses déchets est bien plus claire.
On décèle la présence de ces vers à leurs déjections, sortes de petits tourillons en colimaçon de sable. En fait le ver a creusé, dans le sable, un long tunnel en U ouvert d'un coté et fermé de l'autre par ces déjections. Ces deux orifices sont distants d'une trentaine de centimètres. Pour récupérer le ver, il faut utiliser une solide bêche à dents larges (pas une pelle droite qui couperait les vers) et creuser à une vingtaine ou une trentaine de centimètres. C'est un travail de terrassier qui laisse les reins en compote. Si ce n'était pas pour notre plaisir et si on était payé pour le faire, on ne le ferait sûrement pas !! Ces vers ont la fâcheuse habitude de tacher en jaune les doigts de ceux qui les ramassent.
L'idéal, pour les transporter et les conserver (pas très longtemps, malheureusement) est d'utiliser une caisse en bois dans laquelle les vers seront recouverts d'une bonne poignée de goémon. Le bois évacuera le trop plein de liquide qui les ferait rapidement crever et tourner et le goémon apporte fraîcheur et humidité. Il faut absolument s'abstenir de conserver des vers blessés qui gâteraient les vers sains.
Certains "ébrodent" les vers, c'est à dire que, d'un coup d'ongle, ils les coupent et les vident. Ensuite ils les salent ou les congèlent. Je ne l'ai jamais fait, mais je doute de leur efficacité après un tel traitement. Quoiqu'en période de disette !!!

Les arénicoles sont les vers les plus utilisés en pêche. Ils intéressent pratiquement tous les poissons. C'est un vers suffisamment gros pour être accroché à des hameçon de bonne taille.


Les néreïdes, ou gravettes sont d'un rose pâle nacré et les côtés sont ornés de tout petits filaments. Ce sont des vers très remuants. Pour les trouver, il n'est pas nécessaire d'aller aussi profond que les arénicoles : 15 centimètres suffisent. Comme on ne voit pas d'indice pour les trouver, il faut retourner des carrés de sable comme on retournerait son jardin. Il faut les mettre dans un bocal en verre rempli d'eau de mer. Un aérateur permet de les conserver plus longtemps.

C'est un vers de plus petite taille que le précédent qui a l'inconvénient de ne pouvoir se mettre que sur des hameçon de petite taille, fins de fer. Un trop gros hameçon les couperait en deux. Mais il a justement l'avantage de pouvoir se couper en tronçons qui remuent bien à l'hameçon. Ils ne doivent être utilisés que vivants et ne peuvent absolument pas se conserver hors de l'eau, ni congelés. C'est l'appât roi pour les éperlans.

Sur le Jaudy, dans un vir, lorsque la marée basse découvre de grandes étendues de vase, en suivant un petit ru qui a fait son lit, on se trouve face à des murs de vase de un à deux mètres de haut. Dans cette vase, on plonge carrément les mains pour faire tomber de petits blocs de vase qui sont pourris de vers rouges dont je ne connais pas le nom, mais qui sont d'excellents appâts pour le lieu. Ils ne tiennent, malheureusement, pas très longtemps.




LES LANCONS

Sur certaines plages, on peut trouver des poissons qui nagent dans le sable : les lançons ou les équilles. Ce sont des poissons effilés, très vifs qu'on trouve dans des sables à gros grains, très légers où le poisson peut se faufiler comme s'il était dans l'eau. Ces sables font généralement de longues ondulations dans lesquelles s'enfouissent des bancs entiers de lançons. Pour les débusquer il faut faire de longs sillons avec un outil de jardin banal et lorsque le poisson débusqué se tortille hors du sable il faut s'en saisir rapidement sous peine de le voir se ré-enfouir à nouveau. C'est une pêche très agréable qui fera le bonheur des enfants. Par grande marée, à la plage de l'Islet à Lancieux, il y a une très bonne base de sable à lançons. Pour mettre un peu de piment à cette pêche, il faut la pratiquer au clair de lune en été avec une bande d'amis. C'est une bonne partie de rigolade.



Par contre, ATTENTION aux vives que l'on peut débusquer comme cela. Les piqûres de leurs épines dorsales sont très douloureuses.



J'ai l'habitude de dire que sur le plan gustatif le plus mauvais poisson de mer est bien plus savoureux que le meilleur poisson de rivière. Et là, c'est vraiment le cas, une friture de lançon est cent fois supérieure à une friture d'ablettes ou de goujons et si les lançons sont petits, il n'est même pas besoin de les vider.

Le lançon est aussi un excellent appât pour le bar, tant vif que mort.




LA PECHE A LA FOUENE

Puisqu'on a entamé la pêche des poissons sur le sable, on ne peut pas passer sous silence la pêche à la fouëne. La fouëne est comme un râteau dont les dents sont droites et pourvues d'un ardillon pour éviter qu'un poisson pris ne se sauve. Pour l'action de pêche, il suffit de rentrer dans l'eau jusqu'à la taille ou jusqu'au torse ( je conseillerais de grandes cuissardes ou un pantalon de plongée) et de planter sa fouëne, au hasard, mais à une fréquence digne d'une machine à coudre, à 50 / 60 cm. devant soi. On attrape fréquemment des poissons plats comme les soles, les plies, les turbots. On sent très bien lorsqu'un poisson vient d'être transpercé. C'est une pêche assez barbare car nombre de poissons ne sont que blessés et vont crever un peu plus loin.