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PORS BEAC'H 80, 82, 84... AH, LES BEAUX JOURS! (Jakès Kerhoas logonna infos 07/2000)

Jakès Kerhoas pendant les f^tes de Pors Beac'h 2000 Il y avait des coques noires et des pavois bleus, des immatriculations taillées plein bois, des voiles ocre ou cachou.. .il y avait la "Belle Germaine" et les coquilliers de la Rade, le "Notre Dame de Rumengol" et les gabarres de Lampaul. Sur les hauts de la grève, les Gigs des Iles Scilly, comme à la parade, alignaient des bordés à clins où l'on pouvait lire en grosses lettres: "Nornour", "Dolphin", "Bonnet", Serica"... tout à côté, des Faerings et Oselvars en des poses légères nous offraient leurs formes sensuelles de bois blonds et de goudrons de Norvège. Au beau milieu de la crique trônait le "Mutin", fraîchement repeint d'un blanc mat réglementaire.
En arrière-plan, le Brixham trawler "Provident" apparaissait dans toute sa longueur à couple d'un bateau de pêche local. Peut-être était-ce "Sergent Gouarne" ou "Vers l'Horizon", ou encore "Loch Monna"... mais peut-être s'agissait-il de la "Sainte Thérèse" ou du "Laboureur de l'Océan"... allez savoir!

Avec toutes ces années, les souvenirs se brouillent, les éditions se mêlent... "Anna af Sand" c'était quand déjà ?... et Gérard d'Aboville avec ses yoles ?... te souviens--tu de "Cutlass" et de "Fiddiers Green" de Saint Malo ?... Oui, on s'en souvient très bien. Et aussi de "Mary Briant" la belle goélette anglaise, de "Windhover", "Cap Lizard" et "Little Windflower"... comment oublier "Erin" le lougre de Mevagissey (ou était-ce de Fowey), le "Solweig" avec Manu et "Ariane" avec Marco, "Winibelle", "Undine", la goélette de cabotage de Hambourg (ça, c'était en 84), "Eliboubane" et "Telenn Mor", les deux chaloupes sardinières, les "Trois Soeurs", le bateau Kerroc'h revisité et le mythique "Jolie Brise", vainqueur du premier Fastnet... Il y avait encore "Biskoas Kemen Dhal", "An Hini Coz", "Dishual" ou "Intron Varia Trézien", "Martreze", "Skanvig", "Kernevel" et bien d'autres comme tous ces Old Gaffers arborant une même et identique flamme dans le sillage du "Kermor", autrement connu sous les sobriquets de la "Futaille" ou de la "Barrique"... Bien sûr qu'on s'en souvient de tous ces bateaux et aussi des maîtres-charpentiers et des chantiers de chez nous et d'ailleurs : Jacq (l'Hôpital- Carnfrout), Tertu (Rostellec), Stipon (Le Fret) Lastennet, Keraudren, Péron (Camaret)... Labbé (Saint-Malo), Pichavant (Pont- L'Abbé)... Squiban, Bégoc, Le Got, Clochet, Conrath... etc....

Pors Beac'h, c'était tout cela... et d'autres choses encore. Des choses graves et profondes, des histoires connues et certaines ignorées par d'autres. Des choses futiles aussi et drôles, des anecdotes, des histoires vraies et d'autres... moins vraies. C'était ainsi que la vie continue, passe, s'oublie, se perpétue...

Il y en avait à Pors Beac'h beaucoup de vie et d'exubérance, il y avait toutes ces musiques... Ah, entendre une fois encore Eric Marchand à la clarinette, Johnny Handle à l'accordéon chromatique et John Kirkpatrick au diatonique, John Wright enfin au fiddle sur la voix rauque d'un Stan Hugill d'un autre temps qui nous parlait des mers du Sud, du Horn, des voiles immenses et de tous ces grands marins perdus tout là-haut dans la mâture... et il fallait avoir le coeur bien accroché pour ne pas se laisser submerger par ce diable de Sarde de Ricardo Tesi ou encore par une Brenda Wooton qui se vengeait sur scène (et de la plus belle des manières) de ce qu'elle estimait avoir subi un accueil désinvolte de la part d'organisateurs sans doute peu enclins à lui passer ses minauderies de "demoiselle du Guilvinec"... oui, c'était pas rien la Brenda.

Il y avait aussi la cuve à chauler des tuiles que l'on avait fait sabler avant d'y cuire trois tonnes de Kig Ha Farz, et "même que c'était super": 5 heures de cuisson, 1500 personnes servies à l'assiette en mois de 20 mn... une performance d'Henry Gourvès et de Maguet aidés par une trentaine de bénévoles... du travail de pro !…
manquait rien, pas même le tonnelet de lambic en guise de trou normand... c'est un métier qu'on vous dit !... au détail près que le sable du sablage n'était pas de "première main" mais avait déjà servi sur la moitié des camions du Nord Finistère et restituait à la surface du bouillon de flagrantes traces de gas-oil et un imperceptible poivre fait de résidus de peinture et tôles rouillées... Bof, tout le monde à survécu!

Il faudrait dire aussi la grande buvette sous les arbres, parler du Chinon de chez Raffault et de ce "Léoville Las Cases", second grand cru classé, un Saint Julien somptueux que Gilbert avait tenu à faire servir au verre en plein coeur de la fête (il vous en coûtait un billet de 100 Frs et vous repartiez avec une bouteille et 4 verres à pied)...

Il faudrait parler de toutes ces amitiés échangées, raconter une fois encore les copains, avoir une pensée particulière pour ceux qui nous ont quittés...

Oui, il faudra bien se laisser aller à nos souvenirs.., et ils vont se bousculer au hasard des tablées, puis d'échauffer et se réchauffer aux abords des comptoirs et des palettes de Guinness. Il ne faudra pas oublier non plus de s'arrêter tout là-haut, au bistrot de Gorréquer et de regarder encore les affiches d'Yvon Le Corre, de celles entre aperçues déjà, dans quelques improbables troquets, un peu partout en Bretagne...

Oui, il va falloir que tout cela advienne...

Il fera beau... j'entends déjà les sonneurs à la pointe du Château qui saluent les derniers bateaux faisant voile vers le fond de la rivière.., les petits canots à coups de godilles précautionneux déversent sur la case leur flot ininterrompu d'équipages empressés, des voiles se hissent, les pavillons et les grands pavois sont envoyés... un groupe s'affaire autour d'une grillade et on croit comprendre que la livraison de thons a pris quelque retard, la sono générale règle ses balances sur des airs de tango pas prévus du tout, une équipe de télévision est bloquée à l'entrée au motif qu'elle n'a pas ses badges, des précieuses maquettes portées à tout de bras rejoignent leur lieu d'exposition... des pinasses d'Arcachon toutes voiles fasseyantes sous les risées adonnantes de l'été viennent prendre position dans l'ange droit de la crique...

Le public est ravi et décontracté... tout va bien... here we are! Pors Beac'h 2000 peut commencer!

Jakès Kerhoas