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TOPOGRAPHIE MEDICO HYGIENIQUE du DEPARTEMENT du FINISTERE Docteur Louis CARADEC 1861)

Manuel d'Histoire (extrait d'ouvrage d'Armand REBILLON)

COPYRIGHT Toute l'Histoire de la Bretagne éditions Skol Vreizh adresse Manufacture, Quai de Léon 29600 MORLAIX

L'implantation massive des Bretons

Elle commence à la fin du IVe siècle et dure jusqu'au Vle siècle inclus.

Originalité

De nombreux peuples ont participé aux migrations de cette époque : Vandales, Burgondes, Goths, Alains... Ils ont tous disparu rapidement en laissant peu de traces. Les Bretons, eux, ont gardé leur identité jusqu'à nos jours. C'est que leur mouvement a eu une ampleur particulière et des caractères distinctifs. Le nombre total de Barbares germaniques installés en Gaule n'a sans doute pas atteint 150 000. Les immigrants bretons, eux, n'ont été ni une élite aristocratique, ni une population massive. Ceci nous amènerait à l'hypothèse de 30 à 50 000 immigrants, ni une majorité, ni une élite donc, avec une répartition géographique très inégale.

L'autre raison de la permanence du fait culturel est que les Bretons ne représentent pas, en Bretagne, un corps étranger. Ils sont plutôt une résurgence du passé pré romain dans un pays où des traces importantes du passè celtique subsistent, vivifièes par les rapports quotidiens avec une Île de Bretagne restèe essentiellement celtophone.

Contrairement aux Barbares, les Bretons sont, comme les Armoricains, des citoyens romains, défenseurs de l'Empire, de la romanité et du monde chrétien. On a vu que, bien avant l'arrivée des Saxons les Bretons ont été amenés à intervenir en Gaule, et singulièrement en Armorique, La conquête romaine n'ayant jamais été complète dans l'île de Bretagne, du fait de la non soumission des Pictes et des Scots, les Romains ont laissé subsister de petits royaumes bretons semi indépendants dans les Hautes Terres du Nord et de l'Ouest.

Par ailleurs, les Romains recrutent nombre de Bretons pour leurs armées, surtout sur le limes des Champs Décumates, entre Rhin et Danube, mais aussi pour les garnisons d'Espagne, de Thébaïde et même d'Armorique. Ces Bretons émigrés s'installent souvent définitivement sur le continent, en particulier le long du littoral de la Manche. En Bretagne, ils résistent fort bien, jusque vers 550, aux invasions germaniques, grâce à leurs traditions guerrières. On a vu que c'est, au contraire, l'armée recrutée en Bretagne qui intervient à plusieurs reprises en Gaule pour sauver l'Empire menacé, notamment avec Maxime ou Constantin. Gerontius, l'un des deux généraux de ce dernier, est, pour ses troupes, un roi breton de Domnonée, royaume breton insulaire.

Vingt ans plus tôt, Maxime, général romain d'origine ibérique, entraîne l'armée de Bretagne sur le continent, persuadé qu'il défendra mieux l'Empire romain que Gratien, l'empereur en place. L'épopée de Maxime et des Bretons, maîtres de Rome en 388, avant la réaction de Théodose, l'empereur d'Orient, fait dans la mémoire collective bretonne une forte impression, d'autant que nombre de combattants bretons meurent ou demeurent en Gaule. L'un des chefs bretons exerçant sous la direction de Maxime a peut être été Conan Mériadec, héros légendaire de l'histoire bretonne. Des céramiques trouvées à Alet et à Pont Croix, datées du IVe siècle, et provenant du sud de l'île de Bretagne, tendent à prouver un passage de troupes bretonnes par l'Armorique et l'existence de premiers établissements bretons.

A la fin du IVe siècle, il faut donc distinguer deux sortes d'établissements bretons en Gaule :

Hors d'Armorique, on a gardé la trace d'une soixantaine d'établissements dispersés, souvent liés, à l'origine, à une garnison. Ils ont nom aujourd'hui: Bretteville, Bretenoux, Bretonneux, Breteuil, Brittenheim.

- En Armorique, deux cités très menacées par les pirates saxons, celles des Osismes et des Vénètes, ont très tôt confié leur défense à des contingents bretons.

- Après le départ des Romains de l'île de Bretagne pour cause d'invasion de l'Empire (410), l'île se défend seule contre les Pictes et les Scots. Une véritable alliance s'établit entre les Bretons et Rome, puissance temporelle en déclin mais qui devient capitale de la papauté et qui gagne, par là, une puissance spirituelle qu'elle n'avait pas.

Certes, en Bretagne insulaire, le "parti ultra" de Vortigern préfère faire appel à des mercenaires saxons. Mais la grande majorité des chefs temporels et spirituels des Bretons est favorable à l'alliance romaine, d'où leur participation à la défense de la Gaule: contre Attila en 45 1, contre Euric et ses Wisigoths en 469, à Bourges, contre les Francs de Childéric (père de Clovis), refoulés de la Loire à la Somme par les Bretons.

Eléments sur la première migration (IVe Ve siècles)

Les Bretons ont toujours été nombreux au bout de la péninsule. Leur nombre s'est encore accru au cours du Ve siècle lorsque les Romains ont confié à des "fédérés" bretons la défense des deux cités médianes, ainsi que celle des Osismes. S'y ajoutent des soldats plus ou moins brigands dans les bandes de Bagaudes. "Des clercs errants ou établis dans les monastères, dans les îles du Trieux ou à Lérins, marchands et marins qui n'ont jamais cessé de courir les mers du Ponant et de l'Orient" (L. Fleuriot, O.B.).

L'importance de l'élément militaire dans cette première migration explique la fréquence des légendes montrant les Bretons en quête de femmes. Au Ve siècle, de nombreux saints bretons sont déjà en Armorique tout comme on trouve des saints armoricains en Grande Bretagne car les clercs, hommes d'action autant que religieux, jouent un rôle essentiel dans l'organisation comme dans la direction du mouvement de migration.

Commencée dans un Empire romain en difficulté puis agonisant, elle s'est poursuivie ensuite. De plus, les raids irlandais suivis d'occupation sur la côte ouest de l'île de Bretagne, nombreux dès le IVe siècle, ont entraîné des mouvements de population vers la zone de refuge normale qu'étaient le nord et l'ouest de l'Armorique. Léon Fleuriot note cette conséquence (O.B., p. 161):

"La coïncidence extraordinaire entre la limite Est des Osismes et des Vénètes et celle de la zone bretonne "pure " révèle, sans aucun doute, l'étendue de la zone confiée le plus anciennement aux Bretons, à une époque où le gaulois y restait bien vivant".

(extrait de l'ouvrage TOPOGRAPHIE MEDICO-HYGIENIQUE du DEPARTEMENT du FINISTERE Docteur Louis CARADEC 1861)
HISTORIQUE.

Connu sous le nom d'Occismor, le Finistère était habité autrefois par les Ossismiens, nom qui parait tirer son origine de la position qu'occupait ce peuple par rapport au reste de la Gaule, et dont l'étymologie se tire du mot celtique mor qui signifie mer, et de occis qui indique l'occident.
Ce peuple formait une république indépendante du reste de la Gaule lorsque, en 58 avant Jésus Christ , César soumit ce pays à la domination romaine. Cet Empereur y envoya les Lieutenants pour administrer et gouverner le pays qui fut divisé en plusieurs districts auxquels ils donnèrent leurs noms.
Léon donna son nom à la plus grande partie de notre département, et, depuis cette époque si reculée , la tradition s'en est conservée chez le peuple qui divise encore le pays en haut et bas Léon. Les Ossismiens supportèrent le joug des Romains jusque vers 399 après Jésus Christ, époque où ils recouvrèrent enfin leur liberté.

Placés sous la domination des comtes de Léon en 840 , ils y restèrent jusqu'en 1240, époque de leur réunion aux autres parties de la Bretagne sous la souveraineté des Dues de cette province. Mais en 1532 cette province entière fut réunie à la France par le mariage de Claude de Bretagne avec François Ier qui eut lieu en 1511 acte qui fut solennellement ratifié en 1532.

DESCRIPTION.

Le Finistère (finis terrae) tire son nom de la position qu'il occupe et de sa situation à l'extrémité la plus occidentale de toute la France et de la Bretagne, dont il forme un des cinq départements.

Compris entre le 47° et le 48°46' de latitude , et entre 5d42m et 7d48m Longitude, il se trouve limité au sud et à l'ouest par l'Océan , au nord par la Manche , à l'est par les départements des Côtes du Nord et du Morbihan. D'après M. de Fourey , il présente en superficie 111 kilomètres de l'ouest à l'est , sur 8 1 kilomètres du nord au sud, présentât ensemble 6934 kilomètres carrés. Son étendue la plus grande de l'est à l'ouest serait de la pointe Portsmen ( île d'Ouessant) au village de Loumeur (3500 mètres nord est du Guerlesquin) et mesurerait 124 kilomètres ou 31 lieues.
Du nord au sud , sa plus grande largeur serait comprise entre l'Ile de Batz et les Iles Glénan et mesurerait 122 kilomètres ou près de 30 lieues et 2 kilomètres. Il est composé de cinq arrondissements : ce sont ceux Quimper chef lieu du arrondissement , de Brest , Morlaix, Quimperlé, Châteaulin...

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LES TEMPS PRÉHISTORIQUES (extrait d'ouvrage d'Armand REBILLON)

SOMMAIRE. On n'a découvert en Bretagne que de très rares et très pauvres vestiges d'établissements humains datant des trois âges de la pierre (paléolithique, mésolithique, néolithique). Ce n'est que vers la fin de l'époque néolithique, 2000 ans environ avant notre ère, que l'on commença probablement d'y construire les monuments mégalithiques, menhirs, dolmens et tumuli, qui la couvrent encore aujourd'hui. - Ces monuments, ainsi que des gisements particulièrement nombreux d'armes et d'autres objets datant de l'âge du bronze, sont de remarquables témoignages des progrès de la civilisation dans les régions armoricaines sous l'influence des relations qui s'étaient alors établies, par mer, entre elles et les pays d'orient.

Les âges de la pierre. Jusqu'à la conquête de la Gaule par Jules César, nous sommes, pour la Bretagne, dans la période de la préhistoire. C'est à dire que nous ne possédons sur elle à peu près pas de documents écrits, pas même d'inscriptions sur ses monuments, et que nous ne sommes renseignés sur ses habitants et leur civilisation que par des monuments muets et par les objets divers, armes, outils, ustensiles, bijoux, trouvés dans des tombeaux ou des cachettes souterraines, ou sur l'emplacement de demeures et d'ateliers.

Pour les trois âges de la pierre, jusque vers la fin de la période néolithique (nouvel âge de la pierre, ou de la pierre polie), ces vestiges sont chez nous très rares et très pauvres. La péninsule bretonne, pendant les dizaines de milliers d'années qu'ont duré ces périodes primitives, vécut dans l'isolement, à peu près déserte.

Des restes de mammouths dépecés, auprès du Mont Dol, paraissent y prouver la présence de l'homme à l'époque où il n'avait encore d'autres armes et d'autres outils que des pierres taillées à grands éclats. Quelques rares gisements, traces de misérables groupes errants, y rappellent seuls la civilisation paléolithique (de l'ancien âge de la pierre ou de la pierre taillée) dont il reste de si curieux témoignages dans les grottes du Périgord et des Pyrénées.


En quelques points des cotes du Département du Morbihan on a trouvé des kjoekkenmoeddings, terme danois signifiant « débris de cuisine » adopté par les archéologues pour' désigner des amas de coquilles et d'autres détritus sous lesquels se rencontrent des traces de foyers avec des objets divers et parfois des sépultures. On a ainsi découvert un groupe d'une vingtaine de tombes sur la côte de l'île Téviec, à l'ouest de la presqu'île de Quiberon. Ces kjoekkenmoeddings bretons nous apprennent qu'à l'époque mésolithique (intermédiaire entre les deux principaux âges de la pierre) il se trouva sur nos côtes quelques tribus qui se nourrissaient de poisson et de coquillages.

Les découvertes faites dans les sépultures de l'île Téviec révèlent que ces tribus pouvaient avoir des chefs de guerre et des idées religieuses avec, sans doute, des prêtres ou des sorciers.


Pour la plus grande partie de l'époque néolithique, alors que dans les régions plus accessibles et plus fertiles de la France s'établissait un premier fonds important de populations qui y jetaient les bases de notre civilisation agricole, on ne relève encore dans le Massif armoricain que les traces d'établissements humains très dispersés et bien chétifs.

Les mégalithes. Ce n'est qu'aux approches de l'âge du bronze, vers l'an 2000 avant notre ère, que la Bretagne commença à se couvrir de ces monuments mégalithiques (faits de grands blocs de pierre brute) ou mégalithes, grâce auxquels elle apparaît aujourd'hui comme un important foyer de civilisation préhistorique.

Ces monuments, principalement répandus dans les régions voisines de la mer, depuis l'Espagne jusqu'aux bords de la mer Baltique, ne sont nulle part aussi nombreux et ne présentent d'ensembles aussi importants qu'en Bretagne. Pour les désigner, ce sont des termes empruntés au breton que les archéologues ont généralement adoptés : menhir, grande pierre; dolmen, table de pierre; cromlec'h, cercle de pierres.

Les menhirs sont des pierres plus ou moins hautes, plantées debout. Dans d'autres régions on les appelle aussi pierres levées, pierres fiches ou pierres fittes. Certains dépassent dix mètres; le Men er hroek (pierre de la fée), près de Locmariaquer (Morbihan), mesurait plus de vingt mètres avant d'être jeté à bas et brisé par la foudre. Les menhirs se rencontrent souvent isolés; c'est le cas pour un millier environ en Bretagne. Mais on les trouve aussi réunis en cercle (cromlec'hs), ou bien alignés en files parallèles. A Carnac (Morbihan), les alignements du Menec, de Kerlescan et de Kermario se déroulent sur une longueur de plus de quatre kilomètres et comptent encore au total, malgré les destructions opérées au cours des siècles, 2.813 menhirs. Ceux de Kerzhero, près d'Erdeven (Morbihan), en comptent 1.128, alignés en dix files sur deux kilomètres de long.

Les dolmens consistent essentiellement en une grande pierre allongée ordinairement plate, posée horizontalement sur deux ou plusieurs autres pierres verticales, le plus souvent trois, et formant ainsi, soit une simple table, soit une sorte de chambre. Les allées couvertes sont de vastes dolmens complexes, formant deux ou plusieurs chambres rectangulaires en enfilade. La plus belle que l'on connaisse, celle de la Roche aux fées, en Essé, à une quarantaine de kilomètres au sud de Rennes, est faite de 8 grandes dalles reposant sur 34 supports; elle compte 4 chambres d'un seul tenant, d'une longueur totale de 22 mètres. On trouve les dolmens et les allées couvertes soit à la surface du sol, soit à demi enterrés, soit complètement enfouis sous une masse de terre et de cailloux.

Ce sont les monticules ainsi formés que l'on appelle des tumuli (au singulier tumulus). Le tumulus du Mont Saint Michel à Carnac mesure 115 mètres de long sur 58 de large et 12 de haut. Le plus curieux de tous est celui de l'île de la Chèvre (Gavrinis) à l'entrée du golfe du Morbihan.


Tous ces monuments avaient un caractère sacré. Les dolmens en forme de chambre et les allées couvertes, tout au moins lorsqu'ils étaient enfouis sous un tumulus, étaient des tombeaux; on y a découvert souvent les os, ou les cendres de morts, ainsi que des armes et d'autres objets ensevelis avec ceux ci. Mais on ne peut savoir quelle était au juste la destination des autres mégalithes. Les menhirs isolés et les dolmens à l'air libre en forme de simple table pouvaient être à la fois des lieux de culte et des monuments commémoratifs. Quant aux alignements et aux cromlechs, il est probable qu'ils servaient à des assemblées et à des cérémonies politiques ou religieuses. On a remarqué que l'orientation des alignements correspond au lever du soleil à certaines dates importantes dans le cycle de la vie agricole;
peut être étaient ils le lieu de fêtes religieuses célébrées au début on à la fin de certaines périodes des travaux des champs.

L'âge du bronze. C'est à tort que l'on a jadis attribué aux Gaulois, pour les cérémonies de leurs druides, la construction des dolmens et des menhirs. Ces monuments sont beaucoup plus anciens, datant de l'époque où les pays maritimes de l'ouest et du nord de l'Europe, une douzaine de siècles au moins avant l'arrivée des Celtes en Gaule, entrèrent en relations avec les pays de l'Orient méditerranéen, beaucoup plus avancés en civilisation et où l'on savait construire des monuments colossaux. Les peuples d'Orient, entre autres marchandises, cherchaient au loin le cuivre et Pétain nécessaires à la fabrication du bronze dont ils connaissaient depuis longtemps l'usage. Or la péninsule bretonne possédait des gisements d'étain, ainsi que des gisements d'or, et, surtout, elle occupait une situation favorable. au. trafic sur la route maritime conduisant de la Méditerranée vers les mers du Nord. L'on peut ainsi expliquer que, grâce à ses relations avec l'extérieur, sa population se soit alors accrue, enrichie, organisée, qu'elle ait connu les moyens de construire les mégalithes et soit même devenue capable d'étendre son action vers l'intérieur du continent.

Nulle part en France on ne trouve de plus nombreux et plus riches. dépôts d'objets de l'âge du bronze qu'en Bretagne. On en compte 150 pour le seul département du Finistère sur un millier pour la France entière. C'est en Bretagne qui été découverts les deux cinquièmes des gisements préhistoriques d'objets en or existant en France. On trouve des mégalithes dans l'intérieur de la péninsule. Mais c'est dans les régions côtières que ces mégalithes, ainsi que les sépultures et les autres traces de population, sont de beaucoup les plus nombreux. L'on est frappé par le nombre considérable de dolmens, menhirs, cromlec'hs alignements et tumuli, accumulés clans une étroite zone de cinq à six kilomètres de profondeur le long des trente kilomètres de côte qui s'étendent de la baie d'Etel au golfe du Morbihan, aux environs d'Erdeven, de Carnac et de Locmariaquer. Il y eut certainement là un centre religieux et, sans doute aussi, politique et commercial d'une exceptionnelle importance.

Mais nos ancêtres de l'âge du bronze n'avaient pas encore inventé l'écriture. Ils n'ont pas gravé sur leurs monuments d'inscriptions qui permettent de savoir quelque chose de leurs idées et de leur histoire, Sur les parois de la chambre souterraine du tumulus de Gavr'inis, et sur la face intérieure de l'un des supports du dolmen de la Table des marchands à Locmariaquer, sont gravés des dessins, formés de courbes concentriques, qui devaient avoir un sens symbolique mais qui restent indéchiffrables pour nous.

D'après les objets trouvés dans les tombeaux et les cachettes souterraines, on voit que les populations qui construisirent les mégalithes usèrent longtemps encore d'armes en pierre polie, même lorsqu'elles connurent le, bronze, qu'elles savaient fabriquer de la poterie de terre cuite et tisser des étoffes, qu'elles cultivaient les céréales et élevaient du bétail, qu'elles aimaient les ornements et les bijoux d'or et de pierres colorées.

Elles savaient naviguer, se servant de barques faites de peaux tendues sur une armature de bois flexible. Quant à leur religion, on peut supposer que résulte des morts y tenait une grande place. Sur ce point, certaines croyances et légendes encore vivaces chez, les Bretons d'aujourd'hui ont sans doute leur origine dans ces temps reculés.

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L'ARMORIQUE

1. L'EPOQUE GAULOISE

SOMMAIRE. A partir du VIIIe siècle avant notre ère, les Celtes envahirent la Gaule, apportant avec eux l'usage du fer. Ils ne s'établirent dans les régions maritimes de l'ouest qu'après l'an 500. Ces régions s'appelèrent alors l'Armorique. Les Celtes s'établirent aussi dans les Iles Britanniques. Ceux qui occupèrent l'Irlande et l'Écosse furent les Gaëls; ceux d'Angleterre et du pays de Galles, apparentés à ceux d'Armorique, les Bretons. La plus puissante des tribus armoricaines était celle des Vénètes, peuple de marins et de marchands qui s'enrichit par le trafic avec les Iles Britanniques et l'intérieur de la Gaule. Les Vénètes résistèrent vigoureusement à César qui les vainquit en 58 dans une grande bataille navale.

L'âge du fer. Les invasions celtiques. A la fin de l'âge du bronze, la péninsule bretonne connut une période d'isolement et de décadence. Ses gisements d'étain s'épuisaient. Au contraire, commence alors une période d'expansion pour les peuples continentaux plus riches en bronze et qui bientôt connurent le fer. L'usage du fer fut apporté en Gaule par les Celtes qui l'envahirent vers le VIIIe siècle avant notre ère. Mais les Celtes ne pénétrèrent pas encore dans les régions maritimes de l'ouest où l'on n'a fait que peu de trouvailles se rapportant au premier âge du fer (période de Hallstatt). Il ne s'y établirent qu'au second âge du fer (période de la Tène), pas avant l'an 500.

Les tribus gauloises des côtes de la Manche et de l'Atlantique, depuis le pays de Caux jusqu'à la Vendée, s'appelèrent dès lors armoricaines, c'est à dire qui habitent devant la mer (des deux mots celtiques are, près de, et mori, mer). Armorique est ainsi le premier nom que la région où se trouve notre Bretagne a porté dans l'histoire.

Il est certain que les anciennes populations n'ont pas disparu devant les envahisseurs celtes. En Armorique, comme dans le reste de la Gaule, la population gauloise s'est trouvée formée par un mélange de races d'origine diverse. L'unité du peuple de notre péninsule n'a résulté en ce temps là comme plus tard, que de l'adoption d'une langue, de coutumes et de sentiments communs sous l'influence de ses éléments les plus puissants ou les plus avancés en civilisation.

Gaëls et Bretons. Les Celtes envahirent également les Iles Britanniques. Les premiers arrivés, qui s'appelaient Goidels ou Gaëls, peuplèrent en définitive l'Irlande et l'Ecosse. Les derniers flots d'envahisseurs restèrent dans l'Angleterre et le Pays de Galles actuels. C'étaient les pays que les Gaulois du continent appelaient Pretania du nom d'une ancienne population indigène. De là sont venus les noms de Bretagne et de Bretons. Mais, longtemps, ces noms n'ont été appliqués qu'à la grande île d'Outre'Manche et à ses habitants. Nous verrons plus loin comment ils en vinrent à désigner notre presqu'île et les anciens Armoricains. Les Bretons, comme les Armoricains, étaient apparentés aux Gaulois du Nord, qu'on appelait les Belges.

Gaëls et Bretons, également celtes par leur origine, formaient cependant deux peuples distincts. Les langues celtiques se divisent toujours en deux groupes : le gaélique, parlé aujourd'hui en Irlande et en Ecosse, et les dialectes bretons parlés dans le Pays de Galles et en Bretagne.

L'IMMIGRATION 'BRETONNE

SOMMAIRE. Un événement capital dans l'histoire de la Bretagne se produisit au cours des Ve et VIe siècles. Ce fut l'arrivée de nombreuses bandes d'émigrants d'origine celtique et déjà chrétiens, chassés de la Bretagne d'Outre Manche par les invasions germaniques. Ces Bretons s'installèrent principalement dans l'ouest de notre péninsule qui redevint, dans cette partie, un pays de langue celtique et fut dès lors appelée Bretagne. Des moines venus également d'Outre Manche fondèrent des monastères et de nouveaux évêchés, organisèrent les émigrés en paroisses et achevèrent de christianiser le pays. Beaucoup ont été honorés depuis comme des saints nationaux. Des chefs, guerriers comme Waroch, ou pacifiques comme Judicaël, gouvernèrent les différentes régions occupées par les émigrés : Domnonée, Cornouaille et Bro Waroch ou Broërec.

Les Bretons d'Outre Manche. Vers le milieu du Ve siècle la péninsule armoricaine vit arriver de nouveaux envahisseurs qui, cette fois, n'étaient pas des pirates en quête de pillage, mais des immigrants à la recherche d'une nouvelle patrie. Ils venaient d'OutreManche, de la grande île de Bretagne où s'étaient jadis installés, nous avons vu, des Celtes que l'on avait dès lors appelés les Bretons.

Soumis par les Romains un siècle après les Gaulois, les Bretons n'avaient pas été romanisés aussi profondément que ceux ci et n'avaient pas oublié leur langue nationale. Cependant, de même que les Gaëls d'Irlande, qui n'avaient jamais été romanisés, ils s'étaient convertis au christianisme.

Comme l'Armorique, la Grande Bretagne fut en butte aux attaques de guerriers germains ainsi que de Pictes et de Scots; ce dernier nom était donné aux Gaëls d'Irlande et d'Écosse, les Pictes étaient un peuple du nord de la Grande Bretagne que les Romains n'avaient pas soumis. Après le départ définitif. des troupes romaines, en 407, les Saxons et les Angles prirent pied dans l'île et refoulèrent les habitants vers les régions montagneuses de l'ouest, Pays de Galles et Cornouaille. Beaucoup de Bretons en vinrent alors à quitter leur pays. Certaines de leurs bandes s'en allèrent jusqu'en Espagne où ils s'établirent sur les côtes de Galice. Mais le plus grand nombre se dirigèrent vers l'Armorique.

L'installation des Bretons en Armorique. C'est alors que notre péninsule commença à s'appeler la Bretagne. On ne sait pas grand'chose de certain sur la manière dont les Bretons s'y installèrent. D'après les noms d'origine bretonne que portent certaines localités, on peut se rendre. compte que les immigrants s'avancèrent à l'est jusqu'au voisinage des embouchures du Couësnon et au delà de celles de la Vilaine, sans jamais occuper toutefois les environs immédiats de Rennes.


On sait que l'invasion ne se fit pas d'un seul coup, mais que Bretons arrivèrent par bandes successives pendant un siècle et demi, depuis l'an 440 jusque vers l'an 600. Ils ne s'installèrent dans le pays de Vannes, sans en devenir complètement maîtres, qu'au temps de Waroch, à la fin du VIe siècle. Plus tard, au temps de Nominoë et d'Erispoë, ils s'étendirent encore davantage vers le sud est jusqu'aux .environs de Donges, Blain et Nozay dans la Loire Inférieure actuelle, et même au sud de la Loire jusqu'à Pornic. Une, de leurs colonies avait auparavant fondé Guérande (Gwenn Ran,, le Domaine blanc). Il est certain que, dans bien des cas, ils dépossédèrent par la force les anciennes populations qui s'enfuirent. Mais, par endroits, ils purent s'établir sans résistance sur des terres abandonnées ou de tout temps désertes. Ils devinrent en tout cas les maîtres du pays.


Les différentes zones d'occupation bretonne. Mais il importe de distinguer deux zones :

1° Ce qui s'est passé par la suite permet de supposer que les Bretons s'installèrent plus facilement et en plus grand nombre dans la partie occidentale de la péninsule, la Basse Bretagne. Ils y purent assimiler et receltiser rapidement une population clairsemée; leurs dialectes celtiques devinrent la langue commune du pays et les habitants en ont conservé l'usage jusqu'à nos jours.

2° Mais, à l'est de la limite actuelle de la langue bretonne, dans le pays appelé aujourd'hui pays gallo , , les immigrants ne formèrent sans doute que des colonies dispersées au milieu d'une population galloromaine plus nombreuse. Là, ce furent les Bretons qui finirent, au bout de plusieurs siècles et à la faveur de certaines circonstances, par être assimilés et par abandonner leur langue pour adopter le français.

Les comtés gallo francs. A l'est, les pays de Rennes, de Vannes et de Nantes restèrent sous l'autorité de comtes désignés par les rois mérovingiens. Les populations gallo romaines de ces dernières régions avaient promptement reconnu l'autorité des rois francs. Leurs évêques, qui étaient leurs chefs les plus écoutés depuis l'effondrement de l'empire romain, virent dans Clovis et ses successeurs les plus sûrs défenseurs de l'ordre et de la religion. L'évêque de Rennes, saint Melaine, fut probablement le principal négociateur de la soumission à Clovis des cités gallo romaines d'Armorique et il serait resté l'un de ses conseillers écoutés. A Saint Félix, évêque de Nantes de 550 à 583, la tradition attribue des travaux importants pour l'aménagement de l'Erdre et de la Loire et l'achèvement d'une première cathédrale; il s'employa à protéger ses fidèles contre les ravages des chefs bretons, intervenant par exemple auprès de Waroch.

L'organisation religieuse des Bretons d'Armorique.

Cependant les Bretons s'organisaient sous la direction de deux espèces d'autorités. D'abord sous celle des moines qui vinrent du Pays de Galles ou de Cornouaille, soit d'eux mêmes, soit à l'appel des émigrants pour fournir à ceux ci un clergé national.

Ces moines conservaient les coutumes originales des premières chrétientés celtiques, leur mode de tonsure découvrant tout l'avant du crâne, leurs rites, leur manière de calculer la date de Pâques. Ils avaient des monastères qui ressemblaient à ceux de Galles et d'Irlande. Ils n'y restaient pas enfermés; beaucoup allaient de différents côtés vivre parmi les populations et fonder ou desservir des paroisses. Il n'y avait pas d'autre clergé en pays breton. Leur souvenir est conservé dans les vies de saints, rédigées en latin, dans les monastères, au cours des siècles suivants, et racontées en français, au XVII° siècle, par un dominicain de Morlaix, le P. Albert Legrand. Ce sont des récits remplis de légendes, comme celle du roi Gradlon et de la ville d'Is; il est difficile d'en tirer des renseignements certains.

Nous y voyons les vieux saints bretons traversant la Manche dans des auges de pierre, convertissant les païens, domptant ou tuant monstres et bêtes sauvages, déchaînant la colère du ciel sur les chefs ou les peuples malfaisants, conseillant les princes, et faisant toutes sortes de miracles.

C'est le peuple breton lui même, sans l'aveu de l'Eglise, qui a élevé au rang des saints les anciens moines et ermites qui furent ses premiers pasteurs et les premiers organisateurs de sa vie civile et religieuse lors de son arrivée en Armorique. Il les honore toujours comme les patrons des nombreuses paroisses dont on leur attribue la fondation. Les noms de localité en Bretagne sont souvent formés d'un nom de saint précédé des préfixes plou (ou plo, ploe, plé, pleu, plu), tré ou lan. Le plou (mot breton dérivé du latin plebs) c'est la paroisse bretonne primitive; le tré est une subdivision de cette paroisse et le lan un ermitage ou petit monastère. Ce qu'il faut au moins retenir des vies légendaires de nos vieux saints, c'est que le clergé du temps de l'immigration a donné au peuple breton des campagnes l'organisation et les traditions auxquelles celui ci est resté le plus naturellement attaché.

Les vieux saints bretons n'ont pas seulement fondé des paroisses, mais aussi des évêchés. Les fondateurs d'évêchés étaient toujours des abbés, chefs de monastères, qui gardaient dans leur dépendance les paroisses desservies ou fondées au loin par leurs moines. Les premiers diocèses bretons n'eurent donc pas chacun un territoire bien défini. Saint Samson (mort en 565) fonda l'abbaye évêché de Dol dont les moines organisèrent des paroisses jusque dans la région de Lannion et même, en pays français, près de l'estuaire de la Seine.

Saint Pol Aurélien fonda des monastères à Ouessant, à Lampàul et à l'île de Batz avant de devenir, vers 530, à Castel Pol, le premier évêque de Léon. Saint Malo est le fondateur probable de l'évêché d'Alet (Saint Servan), dont le siège ne fut transféré qu'au XII° siècle dans l'île qui portait le nom du saint. Saint Brieuc fonda une abbaye qui devint plus tard le siège de l'évêché de son nom. Il n'est pas certain que Saint Tudual ait fondé l'évêché de Tréguier, ni même l'abbaye mère de cet évêché, et l'on n'a que des données légendaires sur Saint Corentin considéré comme le fondateur de l'évêché de Quimper. Cependant le pèlerinage du Tro Breiz (tour de Bretagne), en l'honneur de ces six saints, a consacré la tradition d'après laquelle ils seraient les fondateurs des six évêchés bretons qui se sont ajoutés aux trois évêchés gallo romains de Nantes, Rennes et Vannes. On leur a même associé, dans le Tro Breiz, saint Patern, évêque gallo romain de Vannes vers le milieu du Ve siècle. Vers la fin du même siècle, saint Guénolé (Winwaloë), disciple de saint Budoc, fonda l'abbaye de Landévennec d'où beaucoup de moines se répandirent dans toute la Cornouaille, mais qui ne devint pas le siège d'un évêché.

Les chefs bretons. Nous connaissons moins bien, encore l'organisation politique des Bretons d'Armorique que leur organisation religieuse. Il existait des chefs locaux, les tierns ou machtierns, grands propriétaires assez riches pour entretenir des suites de serviteurs armés. Au dessus d'eux, on trouvait des chefs plus puissants, parfois qualifiés rois dans les vies de saints.

Il semble que les immigrants se soient groupés d'après leur origine. Le pays qui s'étend des bords de la Rance au plateau du Léon s'appela la Domnonée, du nom des Dumnonii, peuple qui venait de la Cornouaille anglaise. Le sud du Finistère actuel, jusqu'à une grande distance dans l'intérieur, prit le nom de Cornouaille, du nom des Cornovii, venus de la région située au nord est du Pays de Galles. Le Morbihan actuel forma le pays de Waroch (Bro Waroch, plus tard Broërec), du nom d'un chef, très belliqueux, Waroch, qui, vers la fin du VIe siècle, porta ses ravages jusqu'au delà de Rennes.
Les vies de saints et les anciennes chroniques nous montrent les chefs bretons constamment en guerre entre eux ou avec les comtes francs des marches. Les populations gallo romaines et leurs évêques redoutaient leurs incursions dévastatrices. Quelques uns, cependant, comme le légendaire roi Gradlon, le tiern Withur, protecteur de saint Pol, et surtout saint Judicaël, roi de la Domnonée qui mourut vers 650, sont représentés comme des princes pieux et pacifiques. Saint Judicaël, toutefois, fut en guerre avec le roi mérovingien Dagobert. Mais, après des négociations conduites par saint Eloi, qui vint en Bretagne, il se rendit à la cour de Dagobert et reconnut l'autorité de celui ci.


Les bardes. Les chefs bretons d'Armorique comme ceux d'Outre Manche, avaient près d'eux des bardes pour chanter leurs exploits. On en cite dans les vies de saints. Saint Turiau a laissé la réputation d'un savant et d'un chanteur. Saint Hervé, connu par sa science, était le fils du harpeur Hoarvian. D'après une ancienne Histoire de Saint Judicael, le plus célèbre des bardes d'Outre Manche, Taliésin, serait venu vers la fin du vie siècle en Bretagne et aurait séjourné au monastère de Rhuys. Mais c'est une légende; le monastère de Rhuys n'était pas encore fondé à cette époque et l'existence même de Taliésin n'est pas certaine. Bardes et moines collaboraient à une oeuvre commune d'éducation morale. Ils représentaient toute l'activité intellectuelle en ces temps barbares . haut de page