Armand Robin:la poésie personnelle: Les Poèmes indésirables (1945)
LE POETE VENU DU PEUPLE
A la mémoire d'Essénine et de Maïakovsky, assassinés par le régime réactionnaire bourgeois-soviétique.
Je ne suis plus qu'un homme qui dit ce qu'il est: Je n'ai plus du tout besoin de style compliqué; J'ai besoin seulement de quelques mots trempés dans les ruisselets Et de quelques images, truites argentées que je prends nu-pieds. Pour confesser : les ouvriers, les paysans m'ont tout donné.
Je dois à ces très grands, très purs tout ce que j'ai; De leur âme indomptable, internissable ils m'ont armé, Ils m'ont appris: "Sois amour, pitié, bonté; Recherche ce qui EST, jamais ce qui PARAIT; Surtout ne sois jamais un stalinisé."
Quand un mot chante en moi, c'est qu'il voulait en eux chanter Je ne suis pas venu pour vivre en privilégié; J'ai la main prise dans une grande main de fidélité; On ne peut m'apprivoiser avec des bouquets de célébrité; Aucun moyen de me mener au banquet des lettrés.
Les poèmes pour moi ne sont pas un banquet, Mais manière plus sûre et plus dure de travailler. Paysans, ouvriers, surgi de vous, aventuré Sans rien trahir parmi les grands messieurs mauvais, Je reste en vous granit que RIEN ne peut changer.
Armand Robin Les Poèmes Indésirables