Armand Robin: les écoutes de radios
un bulletin d'écoutes: retranscription
Robin -1- Lundi 21/mardi 22 mars 1955. Année 1955, bulletin N° 22.
LA SITUATION POLITIQUE INTERNATIONALE D'APRES LES RADIOS EN LANGUES ETRANGERES.
*: signe de propagande obsessionnelle. "": citation littéraire d'après enregistrements magnétophoniques. Bulletin bi-hebdomadaire, tiré à 35 exemplaires. Toute utilisation interdite en dehors des accords conclus.
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-Note de ce matin mardi 6h. portant sur les dernières semaines d'écoute, et plus particulièrement sur les trois derniers jours: Intrinsèquement, les dirigeants russes actuels, perçus à travers leurs radios, apparaissent être du même avis que DULLES. En effet, les points de vue de Pékin, en ce qu'ils peuvent avoir d'agressifs, c'est par des radios autres que les radios russes qu'on en prend connaissance. Ces derniers trois jours, absolument aucun point de vue de Pékin, qui puisse être qualifié d'agressif, n'a trouvé d'écho dans les radios de la centrale de Moscou. Pour un auditeur prenant l'écoute sans pouvoir confronter avec les radios des derniers mois, l'amitié sino-soviétique peut paraître forte; en fait les textes diffusés sur la Chine sont limités à une sorte de propagande "morale" de l'espèce la plus banale. FIN DE LA DH
On se souvient que Malenkov, selon les textes officiels russes, se proclama récemment "incapable" (en fait, il avait cédé complètement dans les trois dernières semaines de pouvoir devant les points de vue chinois, à ce moment-là très agressifs; voir bulletins à cette date). Par diverses radios (notamment Brazzaville en anglais pour "l'Europe"), nous apprenons que "l'incapacité" est généralement la raison officielle invoquée pour la décision de "relever de ses fonctions "le camarade Alexandrov", ministre de la culture". L'écoute des programmes artistiques de la radio intérieure russe au cours des dernières semaines ne révèle absolument rien qui soit en relation avec cette décision: ces émissions sont (comme cela s'est établi depuis la mort de Staline) sur le modèle occidental et ce qu'on peut y remarquer de politique, accessoirement, est l'apparition ici et là de quelques signes indiquant que sourdement les survivants du stalinisme essaient de se défendre (d'où le langage 'hybride" analysé en ce bulletin à plusieurs reprises).
Cette note recouvre rétrospectivement nos deux derniers bulletins aussi. Nous ne pouvons tenir une comptabilité exacte de nos écoutes (ne serait-ce que du seul fait que, très fréquemment, nous nous contentons d'un fragment de telle ou telle émission, dès que le langage tenu par elle se révèle être de l'ordre de la propagande obsessionnlle). Nous évaluerons à une cinquantaine le nombre des émissions du monde russe écoutées au cours de la dernière semaine: émissions de toute sorte, très "sages" de la part de la centrale de Moscou, "libérales" de la part de Varsovie, fanatiques et même de ton hyperstalinien de la part de Prague et surtout de Bucarest. Or, pas une seule fois je n'ai entendu parler de Staline.
Note sur la retrancription: