Cher Paulhan, Je reçois de Rabat, entre autres reproches intelligents, celui-ci : " Vous êtes comme quelquun qui aurait pris lhabitude dabattre des arbre et déploierait le même effort pour briser une allumette. " On mécrit dun peu partout pour me demander quand paraîtra mon livre. Jai été très content de ce que vous avez écrit dans la dernière NRF ; cest dune justesse desprit à faire à faire plaisir au cur. (Pourtant point de vue personnel je préférerais que la NRF ignore cette guerre.) Voici copie dune lettre qui me vient du front. Celui qui lécrit a 27 ans. Cest un des hommes les plus remarquables que je connaisse et des plus modestes ; sil savait que je parle de lui, il en serait un peu scandalisé intellectuellement. Cest le fils dun ouvrier, il sest fait absolument tout seul (reçu agrégé de philosophie, il a immédiatement quitté luniversité). De tous les jeunes français que jaie connus, il est le seul qui mait paru représenter en quelque chose cette génération. Détail amusant : nous sommes nés le même jour de la même année). Je viens de perdre 10 jours à chercher du travail. Cest fait. Une très grande joie : jai achevé 2 films, de court métrage
évidemment ; je les ai montrés à une dizaine de personnes ; je sais
maintenant quils sont très beaux, parmi les plus beaux qui existent, me disent-ils
tous. Je le crois car en les voyant moi-même jai limpression dêtre
dans un poème. Jen suis très content et, ma foi, assez fier. Armand PS : Mme Allary mapprend à linstant même larrivée de Mme de Bassiano à Paris. |