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Armand Robin: la correspondance

Lettres à Jean Paulhan 1939

robin_lettres_correspondance Jean Paulhan esenine
[1939] Aube

Bien chers amis,

Essenine ne parle pas toujours de lui. Dans Quarante bouches, le poète n’est plus qu’une chose qui attend son tour pour surgir, bruire, et sans doute, comme toutes les autres choses, mourir dès son premier silence si proche. Cette fois le drame d’Essenine rejoint, ou plutôt pressent, le destin de son peuple. Le mauvais goût d’une ou de deux images s’accorde lui-même merveilleusement avec la plainte chaotique de cette terre, d’où tout ce qui était " peuple " allait disparaître. Je ne connais dans la poésie russe rien de plus impressionnant.

Je me défie de la justesse de la comparaison qui me vient : je pense invinciblement à l’hymne d’Œdipe à Colonne, sur la beauté, la fécondité, la chance de la terre attique. Les Athéniens connaissaient, tous, ces vers. Les Russes aussi connaissent, tous, quarante bouches (sans en comprendre et sans pouvoir en expliquer tous les mots, hélas). J’ai bien peur que ce ne soit le texte où la Russie a le mieux témoigné de sa fatalité, comme le texte de Sophocle est resté pour nous celui qui prouve poétiquement, donc irréfutablement, les privilèges de l’Attique.

Je l’ai traduit moins littéralement que Lettre à sa mère, mais aussi littéralement que :

La pluie avec ses balais humides nettoie…

Le système des rimes et des assonances est exactement le même, ainsi que les variations d’amplitude du rythme.

Comme dans les 2 autres poèmes, afin d’être plus exact, j’ai créé 3 petits contre-sens

Je m’occupe aussi de Tuwim et ai même fait la connaissance d’une polonaise qui le connaît personnellement. J’avoue que c’est bien inférieur à Essenine. Mais cela vaut tout de même la peine qu’on en donne quelques poèmes, une fois.

Je lis avec étonnement et délices, Caligula de Pelorson.

J’ai pu pendant ces quelques derniers jours travailler un peu à mon oeuvre. J’ai terriblement manqué de loisirs cette année.

Laissez-moi vous dire aussi que je pense que vous me traitez trop bien : qu’ai-je fait qui mérite une telle confiance ?

Croyez-moi : j’espère un jour, avec plus de loisirs, créer quelque chose de bien. Mais jusqu’ici, je vous parle du fond du cœur. Je ne mérite pas tant de confiance… en tout cas cette confiance me touche beaucoup et me fait du bien.

Croyez, chers amis, à mes sentiments de grand respect et de très grande sympathie,

Armand Robin

 

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Essénine Etonnant J'ai besoin de vous dire 12/01 Je vous envoie 15/01 Je comptais Je dois voir Je viens de recevoir (pneu) Peut-être
9/02  Je viens (bonjour) J'irai donc Je me suis reposé Cette édition Entre deux strophes J'en suis à la 12e Voici enfin le corbeau Merci
Je suis obligé Je vous en supplie Je suis chaque fois Avez-vous reçu Voici enfin le texte Je viendrai A la suite de Vous êtes merveilleux
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