Cher Paulhan A la suite de ces quelques jours de fatigue je me sens plus clairement : voici ce que je peux et dois vous dire : 1°) il sest produit dans ma vie, il y a environ 8 mois, quelque chose de grave, dont les contre-coups ne me frappent quà ces instants de fatigue. Jai eu le tort de le laisser paraître et dinquiéter ainsi mes amis. 2°) je me suis laissé fléchir un instant par des conseils ou des lettres damis ou de lecteurs, me suggérant une édition par souscriptions, me reprochant souvent très durement de ne rien faire pour publier mes poèmes. Ce fléchissement na été possible que grâce à ces moments de fatigue physique. Je viens finalement de répondre à ces correspondants que cétait ni mon rôle ni mon penchant dorganiser une telle chose, que dailleurs je nen avais pas le temps. Jaurais pu leur ajouter autre chose, que je vous écris et qui représente m a pensée profonde : si mes poèmes sont bons, ils seront bien édités quelque jour, soit dans 3 mois, soit dans 3 ans, soit dans 5. Ce sont là des accidents qui arrivent à toute uvre. Je vous apporterai demain (aujourdhui jai à moccuper dune petite affaire inattendue) le manuscrit, puis je ny penserai plus et travaillerai. Jai relu larticle que javais commencé à écrire sur les Hain-Tenys : il nest pas très bon. Surtout, je pense trop ce que jy dis, je suis trop proche des pensées que jy exprime pour que le ton et limpression ne sen ressentent pas . Pour me distraire je tourne des films. Très affectueusement Armand |