Cahors 12 septembre Armand Robin Chez Mme Robinet 8, cours de la Chartreuse CAHORS LOT Chers amis, Excusez cette lettre tapée à la machine : samedi à 20 km avant Toulouse jai joui dun accident délicieux. Daprès les témoins, la voiture où jétais aurait fait deux tours sur elle-même, ce qui est inespéré ; je ne me souviens que davoir senti la voiture se retourner sur moi ; ce fut une seconde de lucidité merveilleuse. La seconde suivante nous dûmes commencer à consoler les témoins démoralisés, ce qui fut un vrai travail. Je men tire avec un bras très légèrement foulé et des lueurs nouvelles sur un passage de Montaigne. Mon camarade, un cousin de B. de Schloezer, na rien, lui non plus, quun plus large sourire. Chers amis, je voudrais quitter ces détails pour vous remercier de tout mon cur de cette note de la NRF ; je nen ai pris connaissance quhier. Je ne puis pas vous dire combien je suis heureux de laccueil fait à ce texte ; jen suis heureux pour Essénine, car véritablement jaime cet homme. Jai reçu un mot de Sartre, très aimable. Jai des nouvelles de Fieschi, de Guéhenno ; je prépare un article pour N° Supervielle de " Regains ". A " Esprit " les congressistes ont émis des vux pour que jécrive des articles moins " intérieures " et plus longs. Ce point de vue mattriste beaucoup. Je vais rentrer à Paris bientôt ; jai dailleurs besoin de reprendre du travail. Si je navais peur dabuser, je me sentirais même de laudace pour vous demander sil ny a pas moyen de me faciliter ce voyage de Cahors à Paris. Guéhenno, daprès sa lettre, me semble encore plus découragé que désespéré. Je vous enverrai dans quelques jours de nouveaux poèmes. Armand Robin |