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Armand Robin: la correspondance

Lettres à Jean Paulhan 1938

robin_lettres_correspondance Jean Paulhan 1938 excusez
[lettre dactylographiée]

Cahors 12 septembre

Armand Robin

Chez Mme Robinet

8, cours de la Chartreuse

CAHORS LOT

Chers amis,

Excusez cette lettre tapée à la machine : samedi à 20 km avant Toulouse j’ai joui d’un accident délicieux. D’après les témoins, la voiture où j’étais aurait fait deux tours sur elle-même, ce qui est inespéré ; je ne me souviens que d’avoir senti la voiture se retourner sur moi ; ce fut une seconde de lucidité merveilleuse. La seconde suivante nous dûmes commencer à consoler les témoins démoralisés, ce qui fut un vrai travail.

Je m’en tire avec un bras très légèrement foulé et des lueurs nouvelles sur un passage de Montaigne. Mon camarade, un cousin de B. de Schloezer, n’a rien, lui non plus, qu’un plus large sourire.

Chers amis, je voudrais quitter ces détails pour vous remercier de tout mon cœur de cette note de la NRF ; je n’en ai pris connaissance qu’hier. Je ne puis pas vous dire combien je suis heureux de l’accueil fait à ce texte ; j’en suis heureux pour Essénine, car véritablement j’aime cet homme.

J’ai reçu un mot de Sartre, très aimable. J’ai des nouvelles de Fieschi, de Guéhenno ; je prépare un article pour N° Supervielle de " Regains ".

A " Esprit " les congressistes ont émis des vœux pour que j’écrive des articles moins " intérieures " et plus longs. Ce point de vue m’attriste beaucoup.

Je vais rentrer à Paris bientôt ; j’ai d’ailleurs besoin de reprendre du travail. Si je n’avais peur d’abuser, je me sentirais même de l’audace pour vous demander s’il n’y a pas moyen de me faciliter ce voyage de Cahors à Paris.

… Guéhenno, d’après sa lettre, me semble encore plus découragé que désespéré.

Je vous enverrai dans quelques jours de nouveaux poèmes.
Croyez que je suis très, très touché par tout ce que vous me faites et que j’éprouve pour vous une affection respectueuse,

Armand Robin

 

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