Déclaration
Trois semaines de "massacres" et de "carnages" dans la bande de Gaza. Ce sont les termes utilisés désormais par nombre d'observateurs internationaux, notamment des équipes médicales pourtant habituées à des situations de guerre et qui parlent, généralement, en termes extrêmement mesurés afin de bien veiller à ne pas être considérés comme partie prenante, pour pouvoir continuer - coûte que coûte - leur travail.
Qu'a donc de particulier la situation à Gaza ?
C'est, qu'au-delà même des malheureusement trop "classiques" conflits de par le monde, ce qui se passe dans la bande de Gaza est une violation évidente - même pour toute personne "neutre" par rapport aux origines politiques du conflit - des conventions internationales de protection des populations civiles.
Rony Brauman (ancien président de MSF) reprenait hier matin, sur France Info, les mots d'une journaliste pour le moins complaisante à l'égard d'Israël et disait à peu près ceci :
"Non, ce qui se passe là-bas n'est pas "logique". Les termes des conventions internationales fixent très précisément les choses : il est formellement interdit de tirer sur des hôpitaux, même si des combattants armés s'y trouvent (ce qui, en la matière a été fermement démenti par toutes les équipes médicales). Ce n'est pas « logique » et ce n'est pas une bavure non plus... Israël a occupé la bande de Gaza pendant des années, elle connaît parfaitement le territoire. Elle ne pouvait pas ignorer qu'il s'agissait d'hôpitaux ni d'un stock de vivres des Nations Unies. D'ailleurs, elle l'a dit, l'a revendiqué : "les tirs étaient délibérés". Ce n'est donc pas une situation de guerre "normale".
Pendant trois semaines, Israël a commis des crimes de guerre en toute impunité. Elle l'avait annoncé dès le départ : elle bombarderait jusqu'au 20 janvier, date de l'investiture d'Obama. Les cessez-le-feu, les couloirs humanitaires n'ont jamais été respectés : le pilonnage n'a cessé de s'intensifier car il fallait faire vite et terminer le "travail" avant le 20 janvier.
Nous arrivons au 20 janvier et les médias commencent déjà à annoncer le cessez-le-feu unilatéral d'Israël, précisant que le « Ch'amas », lui le refuse ! Notons, à ce sujet, qu'une petite étude linguistique peut parfois s'avérer éclairante : en arabe, le mot hamas se prononce avec un « h » aspiré alors qu'en hébreu il commence par le son « ch' » proche du breton « c'h » ou de la jota espagnole). On pourrait comprendre que des journalistes français se contentent de dire « amas », ce qui correspondrait à une prononciation plus proche des sons de notre langue. Or, quand à longueur d'antenne, on entend parler du « ch'amas », avec un son de début de mot très appuyé et très dur … on sait tout de suite où les journalistes ont pris leurs sources ! Et puis, ça fait tellement plus peur le « ch'amas » ! Bref, diable, diable de « ch'amas », donc !
A l'arrivée, peu de citoyens français sauront donc que ceux qui sont quand même les élus du peuple palestinien (rappelons-le !) ont, à de multiples reprises, eux aussi, proposé des cessez-le-feu mais assortis de conditions.
Ce que refuse le Hamas, ce n'est pas l'arrêt de l'horreur mais la poursuite du blocus (et, pire, son renforcement par l'édification d'un mur d'acier entre Gaza et l'Egypte). Ce que refusent le Hamas et le peuple palestinien c'est la poursuite de l'occupation. Ce que refuse le peuple palestinien, c'est l'impunité permanente des criminels (de Deir Yassine à Gaza en passant par Sabra et Chatila et Jénine).
Ce que revendique le peuple palestinien, c'est le respect du droit international . (On peut, par ailleurs, émettre des critiques sur le fonctionnement de l'ONU... il n'empêche qu'aujourd'hui dans l'urgence, le droit international, défini par les instances internationales en l'état, est la seule référence possible pour assurer la paix à tous, y compris à Israël.)
Alors pourquoi Israël parle-t-elle aujourd'hui de cessez-le-feu « unilatéral » d'ici mardi ? Parce que ses objectifs militaires auront, bien sûr, été atteints à cette date-là. Mais surtout parce qu'en déclarant cela de manière « unilatérale », elle entend bien refuser de rendre des comptes. Elle se retire, point... Et ne doit rien à personne, point... Elle entend ainsi se dispenser de toute négociation avec le peuple palestinien, et même, avec les instances internationales (elle l'a d'ailleurs précisé elle-même … au cas où on n'aurait pas compris ! Mais, peut-être, certains journalistes ne l'auront-ils pas entendu ?). Tel un État-voyou, elle continue à refuser de respecter les droits et les obligations de tout État. Surtout, coupant court, par avance, à toute négociation, elle interdit, de fait, la perspective d'un État palestinien viable.
Au passage, elle entend par cette opération redorer son image quelque peu ternie et se présenter, une fois de plus, comme le "gentil agressé qui s'est défendu et qui a la sagesse de se retirer le premier". Peu de personnes seront dupes, espérons-le.
En tout cas, une chose est sûre, au-delà de l'horreur des crimes commis, Israël aura œuvré contre sa propre sécurité car, après ce qu'elle vient de faire, nous pouvons être sûr que les gens du Hamas (qui sont sur un positionnement politique) sont des enfants de chœur par rapport aux générations à venir qui, si rien n'est fait, n'auront de cesse de vouloir se venger contre les criminels d'aujourd'hui et leurs complices, s'ils demeurent impunis.
Or, où sont leurs complices? Ici ! Sarkozy, Kouchner and co, tous ceux qui ont soutenu Israël directement et tous ceux qui se sont tus, faisant semblant de ne rien entendre ou de ne rien comprendre, tous ceux qui, en permanence, ont renvoyé dos à dos l'assassin et la victime, l'occupant et l'occupé.
Au-delà d'Israël et de la Palestine, ce qui se passe en ce moment à Gaza est lourd de conséquences pour la paix dans le monde.
Et c'est pourquoi la seule manière de ne pas importer le conflit ici, c'est, précisément, de ne pas de laisser l'assassin continuer impunément. La seule solution pour la Paix ici, aussi, c'est d'unir tous les habitants, toutes les communautés sur la défense active des valeurs proclamées par la République française, à savoir les droits fondamentaux de l'Homme et des peuples.
Notre force passera par notre humanité, par notre respect des différences et par notre dénonciation de toute forme de racisme. Notre détermination devra se traduire politiquement et uniquement politiquement, au sens noble du terme.
Et parce que c'est en
notre nom, que fut élaborée en 1945, la Charte de l'ONU
;
Parce que c'est en notre nom que fut décidé le plan de partage
de la Palestine en 1947 ;
Parce que c'est en notre nom que furent
signées les Conventions de Genève en 1949 ;
Parce que c'est en
notre nom que furent rédigées les résolutions de l'ONU (et,
notamment, la 242 précisant le droit à un Etat palestinien à côté
d'Israël, le droit au retour pour les refugiés et exigeant la fin
de l'occupation) ;
Parce que tout cela fut fait en notre nom,
nous ne lâcherons pas, Mesdames et Messieurs les élus qui
dormez si bien quand des enfants hurlent de terreur à votre porte.
Comptez sur nous pour aller vous réveiller, pour vous expliquer
aussi, car vous êtes souvent d'une inculture terrible, et pour vous
pousser à agir, enfin.... en notre nom!
Nous n'arrêterons pas là notre lutte, même si le sang cessait de couler provisoirement !
Je dis « provisoirement » car depuis 60 ans que perdure en toute impunité cette situation, nous savons bien que la violence extrême connaît des pics tous les 3, 4 ou 5 ans. Si rien n'est fait, nous pouvons être certains de nous retrouver bientôt réunis, ici même, et pour les mêmes raisons (seul le lieu des crimes commis, peut-être, changera : Liban, Naplouse, Hébron ou Ramallah …)
Pour avancer, il n'y a donc pas d'autres solutions que l'application de sanctions et, pour cela, il n'est pas besoin d'attendre un consensus que nous savons impossible au Conseil de Sécurité de l'ONU ! Il est aujourd'hui de la responsabilité de chaque État de prendre des sanctions !
Nous tenons donc à féliciter ici le peu d'États qui ont pris leur responsabilités en coupant leurs relations diplomatiques avec Israël : je veux ici parler de la Bolivie, du Vénézuela, de la Mauritanie et du Qatar.
Aujourd'hui, Gaza a besoin d'argent : il faut de toute urgence réunir les fonds nécessaires !
Nous avons besoin d'être plus nombreux dans la lutte. Nous invitons donc les associations de quartier à venir nous rejoindre pour organiser l'action. Nous avons besoin de plus d'infos : participons aux conférences organisées (Michel Warchavski le 31/01), au festival de cinéma Travelling-Jérusalem (une programmation de qualité, des invités palestiniens et israéliens qui sont investis dans la lutte pour la justice).
Les Palestiniens
ont besoin de nous sur place : participons aux missions organisées
dans les Territoires.
Nous allons défiler et, comme d'habitude, nous ferons la preuve de notre fermeté et de notre unité en reprenant les slogans définis par les organisations.
Avec la plus grande colère mais le plus grand calme aussi : des sanctions contre Israël !